Les Jésuites de la Province de Belgique Méridionale et du Luxembourg (BML)

Accueil > Les artistes jésuites > Père Pierre Defoux > Vie de Saint Ignace

Vie de Saint Ignace

29 octobre 2010

Le chemin de Saint Ignace

N°1 –
Ignace de Loyola est un officier de trente ans, chevalier énergique, le 20 mai 1521 à Pampelune (Pamplona, Navarre, Espagne) lorsqu’il galvanise la garni¬son pour résister aux Français, qui assiègent la citadelle de la ville. Un boulet lui fracasse une jambe, blesse l’autre, Ignace, grièvement atteint, est ramené par les Français à Loyola. Après un mois passé entre la vie et la mort, il se sent mieux. Convalescent, immobilisé longuement sur son lit, il veut lire. Des romans de chevalerie. I1 n’y en a pas à Loyola, dans la grande demeure. Alors, puisqu’il n’y a rien d’autre, la "Vie du Christ" et la "Légende dorée" ou la vie des saints...

Ignace lit et rêve. A ce qu’il a lu, mais aussi à la vie de chevalier et à la vie galante qu’il voudrait reprendre. Il finit par s’apercevoir qu’il est plus heureux lorsqu’il s’attarde à penser à Dieu, au Christ, à l’exemple de saints, que quand il retourne à ses rêveries d’antan... Cela le décide, à la fin de sa convalescence, à changer de vie.


N°2 -
Ignace a quitté Loyola. Il part pour le sanctuaire de Montserrat, près de Barcelone. Il suspend son épée devant la statue de la Vierge, troque ses vêtements de gentilhomme pour ceux d’un pauvre, et va désormais "pèlerin", mendiant gîte et couvert pour l’amour de Dieu. I1 s’arrête pour quelques jours, pense-t-il, à Manrèse ( anresa), bourg tout proche de Barcelone. Il y restera dix mois, hébergé ici et là, mais aimant passer la journée dans une anfractuo¬sité à la sortie des habitations, la "grotte" de anrèse - (la céramique)

Que fait-il` ? Il y prie des heures par jours, s’adonne à des austérités corporelles pour expier ses fautes , et imiter les saints. Surtout, il continue à faire l’expérience des "esprits" : l’esprit de paix, de joie intérieure, de générosité, qui l’entraîne au service de Dieu, l’esprit de tristesse, de découragement, de tentation. Ignace fait l’expérience et consigne par écrit ce qui va former plus tard l’essentiel de la "retraite" qu’il proposera autour de lui, les "Exercices spirituels".


N°3 -
En quittant Loyola, Ignace avait un but bien précis : aller à Jérusalem. Mais il n’en fait la confidence à personne. Il veut aller à Jérusalem en mendiant, et passer là-bas le reste de ses jours à visiter les lieux saints et à rendre quelque service. C’est pour cela qu’il s’est dirigé vers Barcelone. Au printemps 1523, il embarque pour l’Italie, va d’abord à Rome recevoir, comme il était d’usage pour les pèlerins de Terre Sainte, la bénédiction du Pape, gagne Venise d’où partent les bateaux vers la Palestine, quand les Turcs qui occupent ces régions, veulent bien les autoriser... Cette année-là, pas de difficulté. Ignace est à Jérusalem avec les pèlerins. I1 annonce aux Franciscains qui ont la garde des Lieux Saints son intention de rester là. Mais il n’en est pas question : les Franciscains ont déjà toutes les peines du monde à nouer les deux bouts et à éviter lés tracasseries des Turcs. Pas de bouche supplémentaire, ni, sans doute, cet étrange personnage, pèlerin perpétuel. Ignace doit reprendre le bateau pour l’Europe. Mais avant de partir, il court au Mont des Oliviers. C’est ce qu’illustre la céramique ici.


N°4 -
Rentrant de Terre Sainte, Ignace s’interroge fréquemment : "que faire ?" Lui¬même a raconté tout ceci. Finalement, parce qu’il veut "aider les âmes", il lui semble qu’il sera mieux armé pour le faire en étudiant. A plus de trente ans, il suit deux ans de latin, puis passe à Alcala, la grande Université, puis à Salamanque, autre Université réputée en Espagne. Mais l’Inquisition (nous, sommes au temps de Luther en Allemagne) s’inquiète de ce personnage plus enclin à parler de Dieu et à grouper autour de lui des étudiants qu’à étudier en silence. Ignace quitte alors l’Espagne pour aller poursuivre ses études de philosophie et de théologie à l’Université de Paris (1528-1535). Au bas de l’affiche, on a interverti l’ordre : à Alcala, (à Salamanque), à Paris, il étudie...


N°5 -
A Paris, Ignace progresse dans ses études ; il a aussi rassemblé peu à peu quelques étudiants autour de lui. Il leur propose la retraite des "Exercices spirituels". Le groupe décide, le 15 août 1534, de se retrouver dans une chapelle dépendant de l’Abbaye St-Pierre de Montmartre. Il y a un prêtre, déjà ordonné, parmi eux : il célèbre l’Eucharistie. Au moment de la communion - ce que représente la céramique - tous font voeu de pauvreté, de chasteté et...d’aller à Jérusalem pour y séjourner comme Ignace l’avait souhaité 11 ans auparavant. Mais, ajoutent-ils, si ce n’est pas possible endéans un an après la fin de leurs études, ils iront à Rome se présenter au Pape, pour toute mission apostolique qu’il voudra bien leur désigner.


N°6 -
Ignace a quitté Paris pour rentrer quelques mois en Espagne, arranger ses affaires et celles de ses compagnons espagnols (1535) ; il repasse en Italie et attend ses compagnons, qui se regroupent à Venise, dans l’espoir de passer en Terre Sainte, au début de 1537. Les compagnons peuvent être ordonnés prêtres ; ils s’emploient à quelques ministères. Mais la guerre s’éternise entre la Répu¬blique de Venise et les Turcs ; il n’y a pas d’espoir de passer en Palestine.

Fin 1538, les compagnons prennent la route de Rome, pour se présenter au Pape. En arrivant, tout près de la ville, Ignace, qui s’est arrêté un moment dans une chapelle délabrée au bord de la route, voit le Christ chargé de sa croix lui apparaître (la céramique) et entend Dieu lui dire : "Je veux que tu serves mon Fils". Dieu promet aussi d’ "être favorable" à Ignace et à ses compagnons, "à Rome". C’est ce qu’on appelle, du lieu de la chapelle, la "vision de la Storta".


N°7 -
Le Pape accueille favorablement les compagnons. Il les envoie déjà en mission en Italie. "Votre Jérusalem est ici", leur dit-il. Mais Ignace et les siens s’interrogent. Leur amitié spirituelle, leur désir commun d’apostolat, tout cela va-t-il prendre fin dans la dispersion par le Pape, d’individus zélés ? Ne faudrait-il pas compléter les voeux de Montmartre, vouer obéissance à l’un d’entre eux pour rester unis en un nouvel Ordre religieux, sans préjudice du service de l’Eglise universelle demandé par le Pape ? Ils délibèrent longuement, en 1539 à Rome. Finalement, alors qu’ils ne le ressentaient guère au départ, ils sont enclins à chercher, si le Pape les approuve, à fonder ce nouveau type d’ordre religieux. Ils présentent au Pape un résumé (formula) de leur projet de vie religieuse apostolique. Le 27 septembre 1540, il y a 450 ans, le Pape, approuve le projet. La "Compagnie de Jésus" (Ignace n’a pas voulu d’autre nom) est née...


N°8 -
Ignace, qui a parcouru les chemins d’Espagne, d’Italie, la Méditerranée, la Palestine, la France, pour s’arrêter à Rome, ne quittera plus la Ville Eternelle jus qu’ à sa mort, le 31 juillet 1556. Il est élu "Préposé Général" du nouvel Ordre, qui compte dix membres, le 19 avril 1541. Le 22 avril, les Compagnons font profession religieuse solennelle à Saint-Paul-hors-les-Murs, à Rome. Mais déjà, François Xavier, l’un d’entre eux, est mandé en Inde par le Pape.

La mission commence...

Dans la petite chambre basse de la résidence où il se trouve - et qui a été conservée - Ignace écrit de 1547 à 1552 les Constitutions de la Compagnie de ’Jésus (ce que suggère la céramique). Il retouchera dans les années suivantes ce gros travail. Un Ordre apostolique mobile et obéissant, Ignace y tient par-dessus tout : c’est la seule manière de faire tenir ensemble des gens dispersés de Rome à l’Allemagne, à l’Espagne et au Portugal, à l’Inde, bientôt l’Amérique latine, la Chine, le Japon... Un Ordre pauvre mais Ignace est déchiré lorsque la demande de "collèges" se fait insistante (1547) : ses résidences ne doivent pas avoir de revenus fixes, car il faut toujours être prêts à être envoyés ou à aller se dévouer ailleurs, les collèges en auront. Ignace n’accepte de les fonder que lorsque les princes, les villes, acceptent de les financer. Comme dans toute histoire, au début, les protagonistes sont bien d’accord ; leurs héritiers, leurs successeurs ne le sont pas toujours autant ...D’où des réclamations et des procès pour obtenir ce qui est nécessaire à l’activité de l’enseignement, et l’image du jésuite inquiet de la finance... Un Ordre qui n’a pas oublié le voeu de Montmartre, et où l’on fait voeu spécial d’obéissance au Pape’ pour ce qui regarde les missions chez les fidèles comme chez les infidèles". Le Pape ne se privera jamais de se servir de ce voeu, mais le P. Général, les Supérieurs Provinciaux (d’un territoire où l’Ordre est établi), les Recteurs ou Supérieurs de maisons peuvent aussi, chacun à leur rang, en vertu des Constitutions, définir la "mission" des jésuites, selon ce qui rendra davantage gloire à Dieu, comme aime à le répéter Ignace.

[/Emmaunuel André, sj/]

(Sources : le "Récit du Pèlerin", récit autobiographique fait par Ignace lui-même, en 1553-54 à un secrétaire, le P. Gonçalves da Camara, qui nous l’a gardé : Règles et Constitutions de l’Ordre).