Les Jésuites de la Province de Belgique Méridionale et du Luxembourg (BML)

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Saint Ignace, une vie

23 septembre 2010


Ignace de Loyola<

Le chevalier ambitieux

1491 en pays basque.

Ignace, de son vrai nom, Inigo, 13ème enfant des seigneurs de Loyola, voit le jour. A 15 ans, il est page à la cour du duc d’Arevalo ; à 25 ans à celle du vice-roi de Navarre. Cheveux clairs, moustache et barbe, yeux noirs. Il aime son habit tout en couleur de gentilhomme qu’il porte avec beaucoup d’élégance. Il veut plaire, surtout aux femmes - une princesse habite ses rêves - et pour elles, est prêt à dégainer son épée qu’il manie allégrement. Il est croyant mais ne s’embarrasse pas trop de morale.

Ignace a tout pour réussir. Il veut se faire un nom. Le monde s’ouvre
devant lui. Période exaltante. C’est le temps où Christophe Colomb découvre l’Amérique, Vasco de Gama les Indes ; où l’Europe s’engage
sur les voies de la renaissance et de l’humanisme !

… C’est aussi le temps où Luther rompt avec Rome.

1521 sur la citadelle de Pamplune. Inigo a 30 ans. Contre l’avis de tous, il s’acharne à défendre la forteresse assiégée par les troupes françaises. Un boulet de canon lui fracasse la jambe. C’est le tournant de sa vie.

Le mystique pélerin

Dans sa chambre à
Loyola
où il est revenu, Inigo va frôler la mort. A
peine va-t-il mieux, qu’il demande qu’on lui recasse sa jambe
mal ressoudée. Il ne peut supporter l’idée de ne
plus pouvoir porter les bottes de cuir fin qui lui vont si bien…
Peine perdue. Il boitera toute sa vie.

Histoire de se distraire
pendant sa convalescence,
il demande des romans de chevalerie. Hélas,
ceux qu’il aime sont introuvables. Il n’y a rien que deux
livres sur la vie de Jésus et des saints. Faisant contre mauvaise
fortune bon coeur, il commence à les lire. Peu à peu un
attrait grandit en lui pour la vie si différente de St François
ou de St Dominique. Quand il imagine les exploits qu’il va accomplir
au service de la princesse de ses rêves il éprouve un grand
plaisir, de même quand il s’imagine faire les exploits réalisés
par les saints. Mais il remarque une légère
et subtile différence. Quand il a fini d’imaginer ses exploits
chevaleresques il sent en lui un fond de mécontentement. A l’inverse,
ayant imaginé suivre la vie des saints et du Christ, la joie
subsiste et dure.


Il commença à s’étonner de cette diversité
et se mit à y réfléchir. Son expérience
l’amena à voir que certaines pensées le laissaient
triste, d’autres joyeux (Le Récit du Pèlerin).

Inigo est bouleversé
par sa découverte. Lentement sa décision mûrit :
il choisira les pensées qui donnent la joie, celles qui portent
la trace de l’Esprit de Dieu. Il décide de suivre ce chemin
que le Christ lui montre et que les saints ont pris.
Remis, Ignace se met en
route. Il sera pèlerin, mendiant, pendant 16 ans.

Pauvre et avec un seul désir : aider . Aider
tous ceux qu’il rencontrera à faire la même découverte
que lui : Dieu n’est pas loin de toi. J’en ai fait
l’expérience, toi aussi tu peux la faire. Toutes
ses expériences, il les notera soigneusement dans un petit cahier
qui deviendra les Exercices Spirituels.

Le désir d’Inigo
 : aller à Jérusalem. Là où Jésus
a vécu, pour mieux le connaître, le suivre, l’aimer.
Le chemin sera long.

En route vers Barcelone,
il fait étape à Manrèse. Il y restera un
an. Un an de combat contre le doute, le découragement, la culpabilité.
Il ne s’en sortira qu’en lâchant prise. Se dépouiller
de ses vêtements de luxe et les échanger contre ceux d’un
pauvre ne fut pas le plus difficile. L’enjeu véritable est
d’abandonner l’orgueil, la prétention d’être
fort. Devenir humble. Au bout d’une lutte intérieure qui
le mènera jusqu’à la tentation du suicide, il fera
l’expérience d’une grande lumière intérieure.
Ayant tout donné, il reçoit tout. Dieu prend désormais
la première place dans le coeur d’Inigo.

Barcelone, Venise et enfin,
Jérusalem.
éblouissement. Mais on l’empêche
de rester. Retour à Barcelone. Son rayonnement d’accompagnateur
spirituel fait scandale. L’inquisition s’en mêle. Comment
un quasi illettré peut-il savoir quelque chose de la religion
 ? Il décide d’étudier. Après deux ans à
Barcelone, puis à Alcala et Salamanque, devant les oppositions
– on l’emprisonne à deux reprises - il décide
d’aller étudier à l’université de Paris
et de se préparer pour devenir prêtre.

L’étudiant rassembleur

Paris, 1528. Inigo
a 37 ans. Il fait figure de vieux parmi tous ces jeunes
étudiants. Mais il sera aidé par ceux qui partagent sa
chambrée. Il les aidera en retour. Là va se former le
premier noyau de la future Compagnie de Jésus avec Pierre Favre,
un timide savoyard et François Xavier, un ambitieux et champion
de saut. Ignace les conduits et leur fait découvrir leur vocation
grâce aux Exercices Spirituels. Une amitié se tisse. Le
projet d’Ignace (qui a latinisé son nom) les remplit d’enthousiasme
 : retourner à Jérusalem, y vivre et y donner sa vie. Quatre
autres compagnons se joignent à eux.

Le 15 août
1534, dans une petite chapelle de Montmartre
, sept amis s’offrent
à Dieu. Ils s’engagent à suivre Jésus,
à vivre comme lui, dans une vie célibataire et dans
la pauvreté pour mieux servir tous ceux qu’ils rencontreront.
Ils promettent aussi d’aller à Jérusalem dès
que leurs études seront terminées. Les circonstances
politiques les en empêcheront. Après un an d’évangélisation
dans les campagnes d’Italie, ils décideront de se
rendre à Rome, de rencontrer le Pape et lui diront :
Nous voici, nous sommes disponibles, envoyez-nous là où
les besoins sont les plus grands .

Dix compagnons pour un projet international

Rome 1537. Les compagnons
sont maintenant dix. Ils savent que le Pape va les disperser dans toute
l’Europe et dans le monde. François Xavier est en partance
pour l’Inde. Pour que cette dispersion n’entame pas leur amitié,
ils décident de se lier ensemble en fondant un ordre religieux.
Le nom est tout trouvé, ce sera la Compagnie
de Jésus car c’est Jésus qui les a mis ensemble
et en a fait des compagnons. En 1540, le pape reconnaît l’existence
de la nouvelle petite communauté.

Rome 1556. Ignace
est épuisé. Il meurt le 31 juillet. Pendant ces vingt
dernières années, il a accueilli des centaines de candidats
pour les former à ce genre de vie tellement nouveau dans l’Eglise
de l’époque. Il a écrit des Constitutions. Il a ouvert
à Rome des lieux d’accueil pour les pauvres, les prostituées.
Il a envoyé autant de nouveaux compagnons à travers le
monde entretenant avec eux une correspondance gigantesque (6800 lettres
sont encore conservées).

 

Ignace aimait immensément
ses frères, ses amis dans le Seigneur . Des contemporains
écrivent :

Il parlait avec
tant de bienveillance et traitait de toutes choses si aimablement
qu’on aurait dit qu’il était tout entier un amour,…chacun
dans la maison lui portait le plus grand amour et se croyait immensément
aimé par lui (Lancicius).
Il était envers les siens tout charité, tout
tendresse. S’il rencontrait quelqu’un inopinément,
il l’accueillait avec un visage si ouvert, il lui parlait avec
une si affectueuse charité qu’il semblait vouloir le
faire entrer dans son coeur (Bartoli).

Laissons finalement la parole
à Ignace lui-même :
Dieu agit à
l’inverse des hommes. Car les hommes, s’il y a dans nos
actes quelque chose de mauvais ou d’imparfait, c’est à
cela qu’ils font attention, c’est cela qu’ils retiennent.
Mais Dieu, quand nous faisons quelque chose de bon, c’est cela
qu’Il regarde, et Il ferme les yeux sur nos imperfections.

De son Journal Spirituel
 :

Pendant la
messe,
grande abondance de larmes, se prolongeant jusqu’à
la fin. Et après, larmes très intenses. Pendant
tout ce temps, il me semblait que l’humilité, la
révérence et le respect ne devaient pas être
craintifs, mais amoureux. Et mon âme répétait
 : Donne-moi l’humilité
amoureuse… Ensuite, dans la journée,
grande joie
à me souvenir de cela. Il me semblait
que je ne m’arrêtais pas là, mais que viendrait
ensuite la même chose envers les créatures, c’est
à dire l’humilité amoureuse…
(30 mars 1544)