Les Jésuites de la Province de Belgique Méridionale et du Luxembourg (BML)

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Nouvelles jésuites Internationale

16 septembre 2013


Récit


Marcher avec les exilés

Dans le nid de la justice sociale, je suis le coucou qui abandonne ses œufs et s’envole vers d’autres cieux. Mon ministère consiste à enseigner la théologie et, dernièrement, à écrire pour les publications jésuites et les services sociaux jésuites.

Au cours des trente dernières années, j’ai toutefois consacré une bonne partie de mes pensées et de mon temps libre aux personnes cherchant une protection contre la persécution. J’ai passé trois étés dans les camps cambodgiens à la frontière thaïlandaise, et ces séjours m’ont profondément affecté. J’y suis allé en pensant que les idées étaient importantes et que les bonnes idées peuvent résoudre les problèmes des gens. Là, j’ai découvert que les personnes sont importantes et que partager leurs vies avec tous leurs problèmes pouvait générer quelques bonnes idées.

Les camps de réfugiés étaient calmes durant la journée et complètement chaotiques durant la nuit. J’ai été frappé tant par la misère des réfugiés que par leur résilience. Les jeunes infirmières, avec leurs blouses banches et leurs pantalons froissés travaillant sur des planchers en terre battue - une terre rouge, l’homme qui après un simple repas de riz, nettoyait les miettes restées sur la table pour les jeter dehors, la mère de six enfants qui rassemblait les jeunes femmes pour les former à devenir travailleuses sociales ; de toutes ses attitudes émanaient courage et espoir. Je suis allé dans les camps pour offrir ma sagesse. J’ai reçu bien plus que ce que j’ai pu donner tant aux réfugiés qu’aux généreux jeunes bénévoles qui les aident.

Ils m’ont également appris la valeur de la constance. Tant de personnes, moi compris, allaient et venaient dans leurs vies alors qu’eux-mêmes étaient condamnés à vivre plusieurs années sans sortir des camps. Lorsque je suis retourné en Australie, je désirais faire preuve de constance. J’ai le privilège d’être l’aumônier des communautés catholiques cambodgienne et laotienne depuis ce temps, et j’ai également eu l’opportunité de réfléchir sur les questions affectant les réfugiés à travers mes écrits. Les communautés de réfugiés m’ont enseigné la valeur de l’hospitalité et je suis toujours enchanté quand de nouveaux arrivants se font des amis au sein de la communauté jésuite et de la communauté australienne élargie.

Je suis encore aumônier à temps partiel au centre de détention pour immigrants où sont détenus de nombreux demandeurs d’asile. Je me sens privilégié de pouvoir accomplir ce travail tout en le trouvant difficile parce que je découvre en moi de nouveaux niveaux d’incompétence. Je cherche constamment le mot juste, le moment de silence essentiel, le bon nom. Les gens arrivent plein d’énergie et débordant de vitalité après la plus grande décision de leur vie et le voyage le plus dangereux qu’ils aient jamais entrepris. Après six mois, leurs yeux se voilent et ils restent éveillés la nuit pour éloigner leur peur, leur honte devant leur impuissance à aider leur famille, sans parler des souvenirs traumatisants.

À un autre niveau, ce travail est difficile parce que je représente tant l’église qui les accueille que le peuple australien qui les enferme et veut les déporter. J’ai travaillé une fois avec un ami qui était l’aumônier protestant. Nous nous entendions pour ne pas baptiser les gens parce qu’ils ne pouvaient pas prendre une décision libre pendant leur détention. Toutefois, nous avons fait une exception pour un Iranien qui faisait face à une déportation et qui était persuadé qu’il serait torturé ou tué parce qu’il était devenu chrétien. Mon propre conflit intérieur est reflété dans ces vers d’un poème que j’ai composé sur le baptême.

Appelé à te donner vie à travers l’eau,

Prêtre et geôlier, je t’envoie au dessus des eaux.

Dans mes écrits, tout comme lorsque je parle des réfugiés, je tente de montrer la réalité humaine de la vie des réfugiés et j’invite mes lecteurs et mes interlocuteurs à faire preuve de compassion. Je dois admettre que j’ai échoué sur ce point. Bien que des individus soient parfois touchés par les visages et les expériences des personnes qui cherchent un asile, l’attitude publique envers ceux-ci est devenue plus hostile que lors de mon premier texte sur le sujet.

L’Australie se prépare pour une élection et les partis politiques dominants qui sont en lice s’affrontent à savoir lequel mettra en place une manière plus brutale de traiter les demandeurs d’asile. L’un des partis veut faire appelle à la Marine pour repousser les bateaux vers l’Indonésie ; les autres les transportent dans des camps et des tentes à Nauru ou en Papouasie-Nouvelle-Guinée. Parmi eux se retrouveront de jeunes hommes, des femmes et des enfants pareils à ceux que j’ai appris à connaître. Nous avons déjà vu ce que de tels traitements peuvent faire et comment ils peuvent détruire les personnes qui y sont soumis.

La brutalité porte des fruits sur le plan électoral parce qu’elle est populaire, À Lampedusa, le Pape François a parlé de la « mondialisation de l’indifférence ». L’indifférence et l’hostilité naissent de la peur qui balaie tout y compris les vies des personnes qui se trouvent sur son passage.

Je pense que, à ce point-ci, le défi est personnel : Comment faire face à mon indignation, à ma tristesse, à ma honte et à mon impuissance en regardant se briser les vies des personnes dont j’ai pris soin, sans détourner le regard ni faire porter tout le blâme à nos dirigeants politiques. Il s’agit de la solidarité du cœur qui est capable de garder proche à la fois les exclus et les personnes qui les exclues.

C’est ici que la prière devient importante. Les camps cambodgiens ont été pour moi une école de prière. Le retour des camps en fin d’après-midi m’offrait un espace pour me souvenir des histoires, des visages et des odeurs du camp ainsi que des sentiments que tout cela évoquait. Les lectures de l’avent, particulièrement celle d’Isaïe, évoquant le retour des exilés d’Isaïe, trouvaient leur écho dans la beauté des rizières, vertes et calmes sous le soleil couchant. Il était facile alors de rendre grâce à Dieu pour les gens que j’avais rencontré et de me remettre en mémoire leurs visages ; de remercier Dieu pour le don de la vie au cœur d’un monde si beau ; de pleurer avec ceux et celles dont les vies avaient été brisées et qui avaient été torturés, et de prier afin qu’eux aussi puissent trouver un endroit verdoyant pour mettre fin à leur exil.

Encore maintenant, je découvre que faire de la place intérieurement pour pouvoir accueillir les personnes et leur souffrance, au cœur de la prière d’action de grâce pour l’amour que Dieu nous porte, et faire de la place pour la beauté du monde qu’Il a créé et qu’Il nous a promis, cela reste la seule manière de garder tout à la fois l’indignation, la tristesse, la compassion et la réalité du monde créé par Dieu. Revenant à bicyclette du centre de détention, le long de la rivière alors que le soleil descendait sur la ville, je peux parfois déposer devant Dieu, les visages de ceux et celles que j’ai rencontrés, les histoires que j’ai entendues et la honte d’appartenir à un peuple qui ne peut offrir aux désespérés que des fils de fer barbelés à la place de la compassion. Et je peux parfois être reconnaissant pour le don de partager ma vie avec des gens que Dieu aime avec tant de constance.

Père Andy Hamilton SJ


Nouvelles en bref


Le réseau écologique GIAN à Stockholm

L’an dernier, le réseau écologique GIAN avait décidé de travailler conjointement, sur une période de 2 à 3 ans, à un projet intitulé : « De l’eau pour tous ». Au cours des premières semaines de septembre 2013, le noyau du réseau s’est rencontré lors d’une réunion annuelle à Stockholm, en Suède. Cela leur a permis de participer à la semaine mondiale de l’eau qui a lieu annuellement dans cette ville et qui rassemblent le plus grand nombre d’experts internationaux sur les questions de l’eau. La participation à la conférence a été rendu possible grâce à l’appui extraordinaire de l’institut Newman d’Uppsala, sous la responsabilité de la Compagnie de Jésus. Pour lire sur le sujet...

République dominicaine – Rencontre de l’apostolat social sur la question de l’écologie

L’apostolat social en République dominicaine a organisé une rencontre sur la spiritualité et le soin de la création. Le pays fait présentement l’expérience d’un processus d’extraction minière désastreux, lequel est à la source d’une importante contamination et entraîne une détresse sociale. L’apostolat social jésuite a décidé de mettre l’accent sur le soin que l’on doit porter à la création, et de lutter contre les exploitations minières gigantesques.

Vénézuela – Le frère Korta et l’université autochtone

Le 11 juillet dernier, le frère José Maria Korta est mort au Vénézuela. Il avait consacré la plus grande partie de sa vie à défendre les cultures autochtones du Vénézuela ainsi que leurs droits ancestraux. Au cours des dernières années, il avait organisé et inauguré l’université autochtone du Venezuela. En 2012, il avait écrit une lettre publique : « Je veux mourir avec dignité. En sachant et en croyant que la mort est un pas nécessaire pour rencontrer le Père de la vie. » Pour lire davantage...

États-Unis d’Amérique – Conférence jésuite sur les ministères sociaux

Un nombre important de Jésuites et de dirigeants laïques se sont rencontrés du 4 au 6 août 2013 à l’université Creighton à l’occasion de la conférence jésuite sur les ministères sociaux. Cette rencontre était financée par les Provinces de Chicago-Détroit, du Wisconsin, du Missouri et de la Nouvelle-Orléans. Le thème de la rencontre était : « Amitié, Foi et Frontières ». Lors de la dernière journée les discussions ont tourné autour de nouvelles frontières à prendre en considération ainsi que des questions et des défis émergents tels l’écologie, la pauvreté urbaine et le plaidoyer en faveur des immigrants. Des rencontres régionales similaires sont prévues pour l’année en cours, sur la côte est (NYK, NEN et MAR), sur la côte ouest (CFN et ORE) et pour les deux Provinces canadiennes. Pour en savoir davantage...

États-Unis d’Amérique – « On fire at the frontiers »

Un incendie aux frontières : les institutions jésuites d’éducation supérieure se sont réunies à l’université de Creighton du 1er au 4 août pour la conférence « On fire at the frontiers » (un incendie aux frontières). La conférence a permis de partager les fruits de leur réponse à l’allocution du Père Peter Hans Kolvenbach à Santa Clara en 2000, « Le service de la foi et la promotion de la justice dans l’enseignement supérieur jésuite aux États-Unis. » Plus de 300 personnes ont participé à la conférence. Pour en savoir davantage...

Australie – Campagne en faveur des demandeurs d’asile

Dans une déclaration en date du 25 août 2013, Journée mondiale des immigrants et des réfugiés, le Provincial australien , Steve Curtis SJ, a déclaré que les Australiens ont besoin de mettre fin à leur indifférence envers le sort des demandeurs d’asile et de commencer à les considérer comme des personnes humaines ayant désespérément besoin d’aide. La Province a joint les rangs de la Campagne de plaidoyer en faveur des demandeurs d’asile (Asylum Seeker Advocacy Campaign) mise sur pied par les organisations catholiques qui prônent l’engagement pour la justice sociale et le respect de la dignité de chaque personne. Pour lire davantage sur le sujet, visionner une vidéo et pour voir la déclaration...

Dumka – Des religieuses et des Jésuites sont attaqués

Les Pères David Solomon et Michael Panimegam ainsi que deux religieuses qui travaillent avec les autochtones Santal dans une mission catholique à Karon au Jharkhand ont été attaqués, insultés et battus par une foule de 150 personnes. Cela s’est produit le 18 août dernier. La colère de la foule avait été déclenchée par la mort d’un jeune garçon de 7 ans qui était hébergé dans un établissement dirigé par les Jésuites. Ils voulaient rencontrer le Père Michael pour exiger une compensation pour l’enfant décédé suite à une maladie, le 2 août dernier. Ce jour-là, l’enfant s’était plaint de maux d’estomac vers 6 heures du matin et est mort alors qu’il était en route pour l’hôpital local. Les Jésuites espèrent que la situation reviendra à la normale et demande que l’on prie pour eux. Lisez davantage...

Afrique – L’apostolat social prépare : « The Great Lakes Jesuit Advocacy Project »

La rencontre des Supérieurs jésuites d’Afrique et de Madagascar, JESAM, sur l‘apostolat social, qui a eu lieu à Abidjan le 7 août dernier, a donné son approbation à un projet de plaidoyer pour mettre fin au conflit dans la partie orientale de la République Démocratique du Congo. Ce projet, intitulé : « The Great Lakes Jesuit Advocacy Projet » fait partie du réseau mondial de plaidoyer ignacien sur la paix et les droits humains.

Madagascar – Fe y Alegría

Le Provincial de Madagascar, le Père Pierre Ranaivoarson, a envoyé une lettre au coordonnateur international de Fe y Alegria, le Père Ignacio Suñol, endossant une pétition de collaboration avec Fe y Alegria à Ikalamavony, une paroisse rurale du diocèse de Fianarantsoa. C’est là qu’ils désirent commencer un ministère d’éducation primaire et populaire, un domaine d’expertise pour Fe y Alegría. Pour en savoir davantage...

Espagne – Soin de la création, une dimension de la vie consacrée

Une vingtaine de religieux de différents communautés religieuses ont participé, cet été, à leur première semaine sur « La vie consacré et le soin de la création ». La Fondation INEA a fait la promotion de cette conférence. L’objectif de cette semaine était d’encourager une réflexion approfondie sur les styles de vie et leurs impacts sur la création. Durant les sessions quotidiennes, ils ont tenté de trouver « de nouveaux comportements pour aider à vivre un engagement durable en faveur d’une manière de vivre plus saine ». La question principale consiste à chercher de nouvelles manières de recevoir le don de la Création « qui exige de nous une prise de responsabilité tant personnelle que communautaire ». Lisez davantage...

Pape François – Les peuples autochtones et la protection de l’environnement

Lors de la récente Journée mondiale des jeunes à Rio de Janeiro, au Brésil, le Pape François a lancé un appel en faveur du « respect et de la protection de la création tout entière qui nous a été confié par Dieu, afin que celle-ci ne soit pas exploitée de manière indiscriminée mais qu’elle soit transformée en jardin ». Le Pape François a également attiré l’attention sur le document de 2007 écrit par les évêques latino-américains et de la région des Caraïbes ; document auquel il a d’ailleurs contribué à ébaucher et qui attire l’attention sur les dangers auxquels sont confronté l’environnement amazonien et les peuples autochtones qui y vivent. Lisez davantage...

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