Les Jésuites de la Province de Belgique Méridionale et du Luxembourg (BML)

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Les figures de l’alliance (La Viale Europe)

12 octobre 2010

De la Genèse à l’Apocalypse,
les figures de l’alliance
 

**1. la ressemblance

 
 
Jaillie des Trois de l’Unique,
la vie donne l’image et la ressemblance
de leur alliance.
 
Au Jardin,
le Père prend le Fils pour modèle
de l’homme qu’il modèle.
 
Debout, Adam dit sur les êtres
d’en haut et d’en bas
les mots que recueille le Verbe.
 
Alors que la vie chemine, joue, vole à deux,
d’où vient que l’homme reste le seul
à rester seul ?
 
Poursuivant son vœu créateur,
Dieu endort l’homme : il va opérer
l’alliance.
 
Adam dormait encore quand le Père
de son côté
mit debout Eve.
 
L’arbre de Vie porte déjà l’alliance nouvelle :
la femme pose sur l’homme le geste de l’Esprit,
l’homme, sur la femme, celui du Fils.
 
« Car si la femme a été tirée de l’homme,
l’homme naît de la femme
et tout vient de Dieu. » (1 Cor 11,12)
 
Oui, jaillie des Trois de l’Unique,
la genèse fleurit la parole
rappelée par les anges :
 
« faisons l’homme à notre image
selon notre ressemblance » (Gen 1, 26).
 
En hébreu :
 
« Na`asè ádam betsalménû kidemûténû »
 
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**2. l’arche

 
 
Dans l’Ancienne Alliance, la loi de Dieu comptait dix Paroles.
Dans la Nouvelle, elle n’en compte plus qu’une, Jésus.
 
« Ecoutez-Le ! » (Mc 9,7)
 
Au Buisson Ardent, Dieu appela Moïse à mener l’Exode d’Egypte.
A l’Annonciation, Dieu appela Myriam à devenir le Buisson Ardent .
 
« Je vous salue, Marie » (Lc 1,28)
 
Moïse déposa dans l’arche les Tables de l’Ancienne Alliance.
Marie porta en elle Jésus, l’Auteur de la Nouvelle Alliance.
 
« Revêtue du soleil, la lune à ses pieds,
une couronne de douze étoiles sur la tête » (Ap 12,1),
 
Elle va nous donner son Fruit.
 
Serrée au cœur de l’Eglise,
Marie y creuse encore le recueillement de l’Esprit.
 
« Arche de la Nouvelle Alliance,
Prie pour nous ».
 
En espagnol :
 
« Arca de la nueva alianza,
Ruega por nosotros ».
 

**3. l’ascendance

 
 
L’alliance se dresse comme une échelle plantée entre ciel et terre.
 
Les anges la remontent jusqu’à Jacob
 
pour habiter le songe d’Israël entouré de ses douze fils ;
 
ils la descendent jusqu’à David le roi berger
 
pour annoncer la bonne nouvelle à Bethléem :
 
« En vérité, en vérité, je vous le dis,
vous verrez le ciel ouvert
et les anges de Dieu monter et descendre
au-dessus du Fils de l’Homme »(Jn 1,51).
 
Les pâtres se mettent en route vers la cité de David
 
comme les rois guidés par l’étoile.
 
Car Marie a mis au monde le Berger des Nations
 
et le bâton du pasteur est passé de Juda à Joseph :
 
« Le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père,
il règnera pour toujours sur la maison de Jacob »(Lc 1,32-33).
 
L’alliance monte et descend entre corps et parole
 
puisque les Pères ajoutent :
 
« pour que la chair devienne verbe »
 
quand l’évangéliste annonce :
 
« Et le Verbe s’est fait chair » (Jn 1,14).
 
En grec :
 
« kai ò lògos sarks egeneto ».
 

**4. la vigne

 
 
« Mon Bien-Aimé possédait une vigne »
dit le prophète (Is 5, 1)
 
Or la Vigne est le Bien-Aimé même.
 
Descendu,
par la trahison d’un disciple,
dans l’obscur resserrement de la Passion,
de son humilité monte,
pieds à pieds,
la grâce de la sève
jusqu’à la coupe de lumière.
 
Nouvelle autant qu’éternelle,
l’alliance surprend même les anges.
 
Eglise en sarments
portant les grappes d’un vin nouveau,
sang du Christ
répandu pour la multitude.
 
Jésus, le Bien-Aimé,
fais-nous demeurer en toi
puisque tu nous dis,
au soir du Jeudi-saint :
 
« Je suis la vraie vigne » (Jn 15,1).
 
En anglais :
 
« I am the real vine ».
 
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**5. l’agneau

 
 
Tandis que le soleil s’obscurcit,
le drap descend le corps de l’agneau
recueilli par l’Eglise :
regard de Marie, onction de Madeleine,
épines et clous vénérés par les anges.
Jean, lui, se rappelle.
Il était disciple de l’autre Jean
quand il suivit son indication : « Voici ».
Le Baptiste désignait, et les anges avec lui,
le départ de la délivrance :
l’ange exterminateur passait la maison
dont la porte affichait le sang du sacrifice.
Devenu évangéliste,
le disciple pointe à son tour la victime
adorée par les anges.
Triomphant de la mort,
l’agneau pascal brise les sceaux
pour que le livre révèle
jusqu’où va l’alliance :
« Voici l’agneau de Dieu » (Jn 1,36).
En russe :
« Bot agnets bojillé »
 
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6. la relecture
 
 
Tandis que les cloches sonnent Pâques,
Le Livre s’ouvre, à la page d’Emmaüs, sur la Vie
qui s’y cachait comme en l’œuf.
 
Comment consoler les petits désemparés
à l’image de la poule qui rassemble ses poussins ?
 
Le Christ rejoint les siens sur la route,
relisant avec eux le tumulte de leur âme :
 
non, Isaac n’a pas été égorgé,
non, le peuple n’a pas connu la noyade dans la Mer rouge,
non, Jonas n’a pas péri dans le ventre du monstre.
 
Paroles si pascales que les cœurs brûlants
n’ont pas voulu laisser passer
l’occasion de cette présence.
 
Au cœur de nos intimités,
de l’homme à la femme,
de la femme puis de l’homme à l’enfant,
de l’ami aux amis,
le désir d’être proche s’est laissé reconnaître
dans le Ressuscité lui-même
à sa manière de rompre le pain.
 
Pain des anges
pour les poussins.
 
« Reste avec nous » (Lc 24, 29).
 
En néerlandais :
 
« Blijf bij ons ».
 
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** 7. Le couronnement

 
 
La femme cherchait celui que son cœur aime.
L’a-t-elle reconnu en parcourant la Ville ?
 
Il s’est caché sous les traits
de ceux qui la surprendront au dernier jour
tant ils étaient pauvres
quand elle exerçait envers eux
le soulagement, la compassion, le réconfort.
 
Faim, soif, frontière,
Nudité, maladie, prison.
 
Là, l’Eglise a touché la plaie
-mais le savait-elle ?-
du côté du Bien-Aimé.
 
Là, elle accueille sa naissance, ses noces et
- O Jérusalem ! -
son jugement.
 
Après être passée par les portes des douze fils d’Israël,
l’alliance reçoit son couronnement du Fils
à l’ombre de l’Esprit.
 
« O ma joie quand on m’a dit :
allons à la maison du Seigneur » (Ps 122,1).
 
« Alors le Roi dira à ceux de droite :
‘Venez les bénis de mon Père’ » (Mt 25,34).

Xavier Dijon, S.J
Communion de la Viale, 22 juillet 2005