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Les défis de l’institution universitaire des FUNDP, par Michel Scheuer

4 décembre 2010

Après avoir siégé près de vingt-cinq ans au Conseil d’administrations des FUNDP et assumé durant onze ans le service de recteur, il m’est demandé de partager quelques réflexions que je centrerai autour des principaux défis que doit relever à mes yeux cette institution universitaire située en Belgique, s’inspirant des valeurs de l’Evangile et plus précisément de la tradition ignatienne.

Il me semble que le premier défi consiste à considérer le pluralisme d’opinion des membres de la communauté universitaire, personnels et étudiants, comme une chance et un atout. La charte des FUNDP, approuvée en 1993, ne dit-elle pas : « Forte du pluralisme d’opinion de ses membres, elle puise dans cette tradition l’inspiration et l’interprétation de ses missions » ? A ce propos, il me semble important de revenir au message adressé il y a trente ans déjà par le Père ARRUPE dans le cadre d’une réunion des recteurs et présidents des universités jésuites : « Il nous faut passer d’une vie chrétienne vécue en forteresse à une vie de levain dans la pâte, d’une priorité de l’autorité à une priorité du service et du dialogue, d’un régime de secrets à un régime de communication, d’une formation par la transmission à une formation de la réinterprétation, d’une formation dans l’isolement à une formation par le contact de la vie quotidienne, d’une exigence d’unanimité à une large acceptation du pluralisme ». Vivre le pluralisme comme une chance extraordinaire pour l’université, comme une opportunité stimulante dans l’exercice des trois missions de l’université : la création de nouveaux savoirs, la transmission de ces savoirs et le service de la société !

Un deuxième défi est celui de l’articulation entre deux pôles de liberté. Il y a bien évidemment la liberté de l’institution de définir les valeurs qui la font vivre et qui animent son action et sa politique ; il y a par ailleurs la liberté des membres de la communauté universitaire, particulièrement la liberté académique en matière de recherche et d’enseignement. La charte des FUNDP précise à ce propos : « Ces libertés – institutionnelle et académique – s’exercent de manière responsable ; elles concourent à la réalisation des missions de l’Université et se concilient avec les contraintes statutaires et légales ». Pour pouvoir articuler ces deux libertés, c’est dans la vie quotidienne, à travers le travail très concret d’enseignement, de recherche et de service, que les membres de la communauté universitaire sont amenés à vivre ce dialogue nourri et constant, cette articulation entre ces deux libertés qui doivent se rencontrer et dialoguer dans la confiance, créant ainsi un véritable « espace de liberté ».

Un troisième défi consiste à vivre comme université d’initiative privée une mission de service public. C’est assurément une particularité du paysage universitaire en Belgique. A de très rares exceptions près, les universités libres (catholiques ou libre-exaministe) bénéficient du même financement que les universités publiques, mais donc aussi des mêmes contraintes et du même contrôle de l’administration et du gouvernement. Cette situation « made in Belgium » exige de la part des universités « libres » de s’inscrire clairement et délibérément dans cette logique de service public, de vivre en leur sein cette tension entre « université pour tous » et « université de pointe » !

Un quatrième défi consiste à se situer clairement dans un contexte de mondialisation, et donc de développement de la dimension internationale en matière d’enseignement, mais aussi et surtout de recherche. Dans ce contexte, il nous faut refuser toute marchandisation des savoirs, il faut développer des politiques institutionnelles qui encouragent les investissements et les innovations pédagogiques, qui privilégient la recherche fondamentale, libre, et refusent donc toute soumission aux bailleurs de fonds !

Le cinquième et dernier défi important consiste à faire vivre au sein de la communauté universitaire la référence aux valeurs de l’Evangile, nourries de la tradition ignatienne. Il nous faut être créatifs pour que cette inspiration se concrétise dans la vie de l’Université et dans l’accomplissement au quotidien de ses missions d’enseignement, de recherche et de service. Depuis longtemps, le conseil d’administration soutient sur fonds propres des centres de recherche dont l’activité est particulièrement en phase avec ce projet : le développement économique dans les pays du Sud, l’exclusion sous toutes ses formes en Europe occidentale, les questions bioéthiques, les pôles pédagogique et social du Centre Interfaces…, mais aussi l’ONG universitaire (FUCID) dont la mission première est de sensibiliser le personnel et les étudiants au développement et aux relations nord-sud ! Il en va de même, bien sûr, pour le Centre religieux universitaire (CRU) qui permet une proposition explicite de l’Evangile sur le campus ! Il restera certainement à trouver les modalités adéquates pour transmettre aux générations actuelles d’enseignants-chercheurs, qui très majoritairement n’ont aucune occasion de côtoyer des collègues jésuites, l’ABC de la tradition ignatienne en matière de spiritualité et de pédagogie !

Voici, avec le recul de quelques semaines, les défis passionnants auxquels est confrontée à mes yeux l’Université namuroise, forte de ses 1.300 collaborateurs et de ses 5.800 étudiants, dont plus de 400 doctorants ! Parce que les femmes et les hommes qui la font vivre au jour le jour sont des passionnés qui allient compétence professionnelle, engagement, enthousiasme et service, nul doute que ces défis seront relevés !

Au moment de quitter Namur et son université pour découvrir Beyrouth et son université, je ne peux que dire « merci » à toutes celles et tous ceux qui m’ont aidé durant onze ans à assumer la charge et le service rectoral et souhaiter « bon vent » à toute la communauté universitaire namuroise. Inch-Allah !

Namur, le 4 décembre 2010.
Michel SCHEUER

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