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Le pape François est un peu comme Saint Ignace

15 mars 2014

« Le pape François est un peu comme Saint Ignace »

Le premier anniversaire du pontificat du pape François est l’occasion de revenir sur son engagement ignacien. Rencontre avec le Père Rotsaert autour de l’ interview que le Saint-Père avait accordée à des revues jésuites.

En recevant son confrère le père Antonio Spadaro pour un entretien aux revues jésuites européennes et américaines, le pape François s’attendait-il à déclencher de tels débats ? À Rome en tout cas, les conversations, pour la plupart émerveillées par son discours tout autant que surprises par son style, s’alimentent les une des autres.
Au-delà de la forme cependant, la pensée ignatienne resurgit bien souvent au cœur du flux volcanique des paroles de François. L’occasion pour nous de nous pencher sur cette pensée, afin de mieux la comprendre, et de mieux connaitre ce pape religieux.
« Vous savez« , nous explique d’emblée le père Mark Rotsaert (1), supérieur de la communauté jésuite de la Grégorienne à Rome, « cela se voit très vite que le pape est un jésuite. Je pense que François est un peu comme Saint Ignace. Il a une théologie très profonde, mais il n’est pas théologien, et il ne veut pas l’être. C’est un homme pastoral : il est là pour aider les gens et les personnes en fonction d’une ouverture vers l’Église. Et puis il y a ce souci de pauvreté qui était aussi très central dans les textes de Saint Ignace. Ignace avait d’ailleurs vu que la richesse et l’ambition étaient les deux maux principaux de l’Église de son temps. »

En accordant de l’importance à l’humilité, le pape insiste sur la nature de la vérité et de la foi. « Si quelqu’un a la réponse à toutes les questions, c’est la preuve que Dieu n’est pas avec lui » explique-t-il. « Les grands guides du peuple de Dieu, comme Moïse, ont toujours laissé un espace au doute. » Un tel discours peut paraitre étonnant. Quelle serait la richesse d’une foi qui laisse un espace à l’incertitude ?

Mark Rotsaert

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C’est vrai, cela peut sembler surprenant, pourtant le doute est constitutif de la foi, car s’il n’y a plus de doute, il n’y a plus besoin non plus d’avoir la foi. On croit à ce que l’on ne voit pas disait Saint Paul. N’oublions pas non plus que le doute et l’incertitude, sans qu’ils deviennent trop important et fassent obstacle à la foi, nous apportent une ouverture, et une compréhension de la différence de l’autre et de ce qu’il peut m’apporter.

Ce qui m’a marqué également, c’est l’insistance avec laquelle le pape rappelle que la vérité chrétienne n’est pas statique, et est toujours en chemin. Du coup, et il y a là quelque chose de très profond, le pape demande de chercher la vérité dans l’histoire d’un peuple, dans la réalité de l’Église et du monde d’aujourd’hui. Cela demande un grand discernement et une expérience profonde de Dieu qui sont très chers à Saint Ignace. Lors de l’avant-dernière congrégation générale des jésuites, il a été dit que la première chose qu’un jésuite devait faire quand il était envoyé en mission, c’était non pas d’aller prêcher Dieu, mais d’abord de le trouver là où il va prêcher, car Dieu y est déjà à l’œuvre.

Pour nous aider dans notre recherche, le pape parle aussi d’une Église qui accompagne et non pas qui guide. Que veut-il nous dire par là ?
Il y a cinquante ans, on aurait sans doute utilisé le verbe guider. Si l’on prend l’exemple d’un père spirituel par exemple, on parle d’un accompagnateur, d’un compagnon de route. Pour Ignace, un compagnon de route est quelqu’un qui a déjà fait un bout du chemin, et qui sait donc où sont les virages dangereux. Il peut épauler l’autre non pas pour lui dire unilatéralement ce qu’il doit faire, mais pour l’aider à comprendre où il en est, et s’il risque de faire fausse route. Au long de ce cheminement, il peut offrir une vue d’ensemble.

De la même manière, le pape compare l’Église à un hôpital de campagne. C’est très beau. Il souhaite une Église miséricordieuse qui accompagne chacun au cœur de ses souffrances. Vivre sur les frontières comme l’a rappelé le pape, voici une mission qui n’est pas réservée aux jésuites, mais qui fait bien partie intégrante de leur vocation.

Bosco d’Otreppe à Rome – photo : Mark Rotsaert (jesuits-europe.info)
(1) Auteur notamment du livre « De Loyola au Vatican : idées reçues sur les jésuites » aux éditions Le Cavalier Bleu.

Article parus sur catho.be

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