Les Jésuites de la Province de Belgique Méridionale et du Luxembourg (BML)

Accueil > ACTUALITES > La canonisation de Pierre Favre, son contexte

La canonisation de Pierre Favre, son contexte

3 janvier 2014

Le pape François vient de proclamer « saint » Pierre Favre, « le compagnon silencieux » de la première génération de jésuites.

Le Père Dominique Bertrand, auteur de Pierre Favre, un portrait paru en 2007 aux éditions Lessius, a rédigé une note sur le contexte de sa béatification et de sa canonisation.
LA BÉATIFICATION DE PIERRE FAVRE
Longues patiences
Dans le sujet que nous traitons maintenant, il semble nécessaire de passer par le droit canon. La notice du Dictionnaire de théologie catholique, au tome 2, c’est-à-dire en 1923, offre des précisions qui n’ont pas vieilli, même si, en un siècle, des modifications ont été apportées dans la gestion magistérielle de la sainteté en Église.[1] On sait que Jean-Paul II a innové en ce domaine,[2] mais non pas sur les points suivants qui tiennent à l’histoire déjà faite.
Dans le développement sur la distinction entre « canonisation formelle » et « canonisation équipollente » – un cadre qui a été inventé, précisément, pour sauver les ratifications longues à venir –, sont présentés douze cas qui relèvent de celle-ci.[3] En voici quelques-uns qui ne sont nullement de petit module : le pape Grégoire VII, mort en 1085, inséré canoniquement au bréviaire et au missel romains en 1728 ; Norbert, mort en 1134, totalement régularisé en 1672 ; les fondateurs de l’ordre de la Sainte Trinité pour le rachat des captifs qui ont subi de pareils délais de quatre siècles ; Bruno, enfin, mort en 1101, dont la liturgie a été concédée aux chartreux en 1514 et étendu à l’Église universelle en 1694. On le voit, Pierre Favre, mort en 1546, béatifié en 1872, n’est pas un cas isolé. Chacun de ces durables ajournements peut être expliqué. Ainsi pour le fondateur de la Chartreuse , celle-ci étant opposée à toute forme d’ostentation et de publicité. Soit ici remarqué en passant que les retards sont moins à chercher dans des décrets divins que dans les comportements et attitudes des communautés concernées. Mais, à l’évidence, Dieu sait se servir de tout !
Un deuxième point est éclairant, qui touche à l’évolution des actes déclaratifs de sainteté dans l’Église, notamment le passage de la nébuleuse béatification-canonisation (le second mot est tardif)[4] à la hiérarchie établie entre les deux stades de la reconnaissance ecclésiale des élus. Le statut solennisé de la canonisation ne doit pas mettre dans l’ombre celui de la béatification. Cette dernière maintient en fait dans la discipline actuelle ce que fut la discipline antique. Mise en place à la fin du Moyen Age et surtout dans le mouvement réformateur tridentin qui a tenu compte de critiques venant des humanistes et des protestant,[5] la canonisation qui signifie la remise au pape de la décision universelle, ne supprime en rien et même renforce la responsabilité immémoriale des évêques dans la déclaration de sainteté. C’est à partir des peuples et des familles religieuses, sous la responsabilité de leurs ordinaires (évêques ou responsables religieux), que la première instance se met en place. De la sorte, la béatification, même si elle est confirmée à Rome , est ce qui apporte la caution locale à la déclaration de sainteté ; la canonisation, quant à elle, à la fois vaut comme une confirmation en appel et manifeste l’extension à l’Église tout entière de ce qui a été établi déjà de façon définitive au premier stade du processus. Il y a donc à casser une notion toute administrative de ces étapes : elles n’ont pas la même portée au point de vue du fond lui-même et se complète l’une l’autre, pour parler selon la logique mineure, non sur la compréhension mais sur l’extension.[6] De même que la cathédrale paléochrétienne demeure dans les sous-sols du monument déployé dans la splendeur du gothique, de même la béatification dans la canonisation[7] ; mais ici, il s’agit de pierres vivantes c’est-à-dire du devenir des saints et des saintes parmi les vivants. Ainsi béatification et canonisation sont des attestations qui se complètent l’une l’autre de la vie éternelle déjà commencée ici-bas (cf Jn 17, 3 et 1 Jn 3, 1).
En troisième lieu, il faut situer dans cette dynamique les décrets et le bref d’Urbain VIII (1625 et 1635). On le sait, outre une clarification générale sur ce qui vient d’être rappelé, ces décrets confirmaient définitivement la requête déjà en germe de l’absence de culte comme préalable aux deux ratifications. En même temps, des exceptions étaient prévues, celles précisément qui relèvent de la canonisation équipollente, ou encore du culte immémorial réexaminé et reconnu. On voit par là combien cette réglementation urbanienne est à interpréter dans une continuité.
Pour ce qui est de Pierre Favre, tout ce qui précède est important. Il n’y a pas à isoler son cas des cas semblables. Sa béatification n’est pas un événement mineur. De plus, obtenue au début du xviie siècle, elle n’aurait pas contrevenu aux décisions d’Urbain VIII. Enfin, s’il a été pris grand soin de s’assurer du non-culte dans la préparation du jugement sur la sûreté de la cause qu’a été la béatification de 1872, c’était là une précaution, non une nécessité.
Rumeurs et déclaration de sainteté jésuites (1556-1622)
Le frontispice du premier tome de l’Historia Societatis Jesu de Nicolas Orlandini[8] (édition posthume en 1614, deux fois rééditée) – ce tome couvre jusqu’à la mort d’Ignace –, répartit la Compagnie fondatrice en trois : au centre Ignace en pied et auréolé, le livre des Constitutions dans les mains, avec l’inscription : « B[la béatification est de 1609] IGNATIVS LOYOLA. SOC. IESU FVNDATOR » ; au-dessus de l’entablement du retable représenté, deux visages en médaillon : à droite, B [déjà en passe d’être béatifié, ce qui arriva en 1619] Franciscus Xaverius, auréolé, à droite, Petrus Faber, à gauche ; entre deux colonnes de chaque côté d’Ignace, et sur les piédestaux, deux plus deux plus trois médaillons avec le nom des sept autres compagnons. A cette date donc, deux des fondateurs ont été béatifiés ou quasi, mais trois se détachent de l’ensemble : Ignace de Loyola, François Xavier, Pierre Favre. L’ordre qui est attesté dans les dix portraits à la sanguine conservés aux Archives romaines de la Compagnie , a été changé, François, qui est en instance de béatification après Ignace,[9] a pris à droite la place de Pierre, le premier compagnon, mais leur unité des débuts est sauvegardée. Voilà qui induit à penser que Pierre Favre en ces années avait sa place dans la campagne pour la montée sur les autels des trois premiers fondateurs.
Examinons tout d’abord les cas d’Ignace et de François. Très vite l’un et l’autre deviennent l’objet d’une admiration forte, qui plus est exprimée par écrit, de la part de leurs Frères. Ainsi, concernant Ignace, de son vivant, nous avons les deux écrits autobiographiques dictés, l’un à Jérôme Nadal – le Récit –, l’autre à Louis Gonçalves da Câmara – le Mémorial ; dès 1572, puis 1583, nous avons ces chefs-d’œuvre que sont la Vita en latin puis la Vida en castillan d’Ignace de Loyola en cinq livres de Pierre de Ribadeneira. Auparavant, le secrétaire et premier archiviste de la Compagnie , Jean-Alphonse de Polanco, avait religieusement gardé tout ce qu’il pouvait de la correspondance et en avait tiré une chronique ignatienne, appelé communément le Chronicon. Volontiers, nous regroupons tous ces documents sous l’étiquette « la rumeur de sainteté ».
Cette même rumeur prend un autre tour pour Xavier. D’une part, il est une figure de la geste d’Ignace et se taille une bonne place dans tous les écrits mentionnés ci-dessus. Et il y a déjà des reflets de légende dans les mentions de l’extraordinaire aventure des Indes. Mais sa mort « excentrique », au sens géographique du terme, bouleverse les données. De plus, son cadavre demeure intact et le bras qui a tant baptisé est détaché du corps laissé à Goa et transféré à Rome . Tous ces déplacement, qui durent de décembre 1552 à mars 1554 (à partir de Sancian, en passant par Malacca et Goa ; le bras, quant à lui, n’arrive à Rome qu’au moment de la béatification), se font sous le signe d’un véritable triomphe. Ajoutons que, dès 1594, parallèlement, si on peut dire, à la Vita d’Ignace écrite par Ribadeneira, le Père Horace Torsellino publie une Vita de FrançoisXavier et édite ses lettres en quatre livres.[10]
Portées par un tel enthousiasme à la fois populaire et littéraire, jésuite et ecclésial, les déclarations de sainteté ont été préparées aux niveaux canoniques. Dans les deux cas, l’initiative vient de haut, du roi Jean III, dès 1556 pour François Xavier,[11] de Philippe II, en 1593, pour Ignace.[12] Le général Claude Aquaviva[13], dont on connaît par ailleurs la capacité organisatrice dans la gestion des grands dossiers (le Ratio studiorum [14],) le Directoire des Exercices [15], suit ces deux séries de procès tout en patronnant la rédaction de l’Histoire de la Compagnie.[16] Une campagne, si l’on peut dire, publicitaire, de grand style accompagne les deux phases des démarches. Ce sont les 79 ou 80 gravures de la Vita Beati Ignatii publiée en 1609 pour appuyer la béatification et, en 1622, la canonisation. On sait que Rubens y prêta la main.[17] Le résultat de ces intenses efforts fut la béatification d’Ignace le 3 décembre 1609 par Paul V, grand ami de la Compagnie , la béatification de François Xavier le 25 octobre 1619 par le même pape, la canonisation des deux ensemble, en même temps qu’Isidore le Laboureur, Thérèse de Jésus et Philippe Néri, le 12 mars par Grégoire XV. « La même bannière, suspendue aux voûtes, les [Ignace et François] représentaient unis dans la gloire, sous le chiffre de la Compagnie , Ignace tenant le livre des constitutions, François entr’ouvrant sa soutane sur sa poitrine, brûlant d’amour. »[18]
Pourquoi Pierre Favre n’était-il pas uni aux deux autres sur la bannière du 12 mars 1622 à Saint-Pierre-de-Rome ? Avait-on totalement oublié le frontispice du tome premier de l’Historia Societatis Jesu commandée par Claude Aquaviva ?
Rumeurs et procès favriens (1546-1626)
Il est patent que, comparées aux moissons surabondantes des prodromes et des actions en vue des deux précédentes béatifications et canonisations, les glanes concernant Pierre Favre paraissent bien maigres. Il ne faut pas se laisser impressionner par ce genre de parallèles. Chaque sainteté est un mystère. Chaque cheminement vers une déclaration de sainteté en Église participe de ce type de mystère, celui-ci couvrant, nous l’avons rappelé dans le premier développement de cet exposé, à la fois le sujet des déclarations de sainteté et le milieu intéressé par elles. Quoi qu’il en soit, pour Pierre Favre, dès les années où Ignace et François étaient conduits effectivement vers la canonisation par les deux étapes canoniques, nous avons et des rumeurs et des procès concernant sa sainteté à mettre en pleine lumière.
Commençons par la rumeur de sainteté parmi les jésuites. Elle est évidente. Sa mort fut vécue à Rome comme celle d’un bienheureux, témoin la lettre envoyée cinq jours après ex commisione par le secrétaire du Préposé général, Ignace, le 7 août 1546 :

Pour que vous soyez mieux au courant de la bienheureuse étape vers la gloire de Me Pierre Favre et de la grande harmonie qui apparaît et est apparue ici au sujet du bienheureux…[19]

Bien d’autres témoignages seraient à apporter. Parmi ceux-ci ressortent celui de d’André Oviedo à Gandie,[20] de François Xavier en pleine tempête sur la mer de Chine,[21] de Pierre Canisius en sa vieillesse.[22] Le mot « bienheureux » revient sous les plumes sans la moindre hésitation. Les chronographes et historiens de la jeune Compagnie, Polanco[23], Ribadeneira[24], Orlandini, Sacchini,[25] Bartoli,[26] reprennent à l’envi l’antienne. Ainsi, au n° 139 de l’année 1546, le Chronicon amplifie encore l’expression de la joie des jésuites de Gandie à la nouvelle de la mort :

Dès que ceux de Gandie eurent été informé de son décès [de Pierre Favre], ils en reçurent l’annonce dans une singulière consolation d’âme comme son jour natal dans la Jérusalem céleste et, sous son patronage, ils expérimentaient un singulier profit spirituel. Et, comme l’écrivit le P. André [Oviedo], actuellement patriarche d’Éthiopie, il y eut à Gandie quelques personnes extraordinairement versées dans la spiritualité pour témoigner avoir vu par une révélation du Seigneur la gloire admirable de Favre et l’avoir beaucoup entendu lui-même sur la joie dont il jouissait d’avoir trouvé la mort par obéissance.[27]

On pourrait grossir le dossier, notamment par l’éloge funèbre développé une vingtaine d’années plus tard par Ribadeneira, c’est-à-dire tout le chapitre 11 du livre 3 de la Vie d’Ignace.[28] Mais, laissant la réputation de sainteté dans la Compagnie , suffisamment avérée dès l’origine, il faut nous en assurer de même dans le terroir de la naissance.
Nous sommes bien documentés sur la ferveur des compatriotes par les enquêtes qui furent menées en Savoie dès les dernières années du xvie siècle. Nous allons y revenir. Disons seulement que la rumeur semble naître très tôt, dans les hautes vallées du Borne et du Nom autour du Villaret. Elle remonte au second passage qu’y fit Pierre Favre après sa conversion. Du premier, pendant l’automne et l’hiver de 1533-1534, rien, ou presque, n’a transpiré. Personne, dans les interrogatoires, ne l’évoque jamais. Il n’en va pas de même, pendant l’été 1541, de l’étape d’une dizaine de jours au pays qui dut bien étonner les populations : « leur » Pierre , accompagnant l’ambassadeur du pape auprès de l’empereur aux colloques allemands, Pierre Ortiz, qui retourne en Espagne, une fois sa mission (assez mal !) accomplie. Mais ce qui est resté dans la mémoire, plus que cet illustre train, dans la noblesse locale – la famille d’Arenthon au château d’Alex – comme chez les villageois, c’est sa sainteté. Citons ce seul témoignage de l’interrogatoire le plus ancien de 1596 ; un neveu nous parle :

Il demeura au Villaret et Bornand six jours pour se reposer, et voir ses parents et amys, qui lui firent toute sorte d’honneurs et de biens, car il ne portait point d’argent. Il disait tous les jours la saincte messe après son compagnon qui était aussi presbtre. Et preschat quatre fois au grand Bornand avec beaucoup d’admiration et de proufict de chascun. Il était très dévot envers la Vierge Marie , et en tous ses presches il exhortait à dire le chapellet. Il ouyt beaucoup de presbtres en confession, et son compagnon ; ils furent continuellement en actions utiles estants là. Et quand il partit du Bornand et du Villaret, le peuple le suyvit fort loing et demandait à genoux sa bénédiction à genoux qu’il leur baillia.[29]

La réputation non seulement se conserve, mais se fortifie. Des miracles se produisent.[30] La légende vient embellir, dans les marges, les premiers récits. En outre, une chapelle est construite fort tôt , peut-être dès 1561, sur le lieu de la naissance.[31] Plus encore, il y a les initiatives d’Honoré D’Urfé, pèlerinage, décoration de la chapelle, constamment rappelées. Tout culmine dans l’autorité de saint François de Sales, sa bénédiction de l’édifice, sa consécration de l’autel, son évocation du « bienheureux » Pierre Favre dans l’Introduction à la vie dévote.[32] En un sens, cette abondance même a fourni une occasion de s’interroger sur l’absence de culte concernant Pierre Favre. Nous avons vu plus haut[33] que, précisément, le cas de Pierre Favre a été rangé sans peine parmi les cas réservés dans les documents d’Urbain VIII : le culte, évident, n’a pas été considéré comme attentatoire à l’autorité du magistère, il s’est imposé comme immémorial[34].
Du reste, parallèlement à ce qui se produisait, pour Ignace de Loyola et pour François Xavier, des procédures canoniques ont été engagées. Cela est patent pour le diocèse d’origine. Dès 1596, une enquête officieuse est menée à Thones, sous Mgr Granier, prédécesseur de François de Sales. Ce dernier connaît et honore, on l’a vu, celui qu’il nomme volontiers « bienheureux », et il se fait présenter en 1607 l’ensemble des dépositions, que nous avons ainsi conservées et qui sont pleines d’intérêt. Son successeur, qui est son frère, Jean-François de Sales reprend officiellement le tout et l’assortit de nouveaux interrogatoires. C’est cet ensemble, signé le 8 juin 1626 par l’évêque, qui est intitulé « Processus antiquus » dans les Fabri Monumenta[35]. Canoniquement, les choses en restent là pour deux siècles et demi.
La Compagnie s’est-elle impliquée dans ces démarches ? Tout à fait, bien que d’une façon moins appuyée que pour les Ignace et François Xavier. Ainsi, c’est le P. Général, Muzio Vitelleschi (en charge de 1615 à 1645), qui a réactivé les démarches en 1626 par une lettre au recteur du collège de Chambéry[36]. Mais il y a mieux. Du temps du P. Aquaviva (général, on l’a noté, de 1581 à 1615), l’historien de la Compagnie en titre, Nicolas Orlandini, a été chargé d’écrire une Vita de Pierre Favre. Cet ouvrage, édité à titre posthume par François Sacchini, parallèlement au premier tome de l’Historia, est composé selon le canon des documents de ce type à joindre aux procès : deux livres, la Vie , les Vertus. Citons la fin de la Préface ; la visée hagiographique y apparaît pleinement :

C’est au nombre de tels personnages d’une exemplaire vertu [qui ont rendu compte de leur progrès spirituel] qu’on peut insérer le P. Pierre le Feure, le premier de ceux qui furent compagnons du B. Ignace [celui- ci est déjà béatifié à cette date]. Iceluy désireux d’ensuiure l’exemple de quelques uns des Saincts, au soin particulier qu’il auoit d’obseruer attentiuement l’entier estat de son ame, s’estudiant à son propre profit et aduancement spirituel, et rédigeant par escrit les illustrations, diuines lumières et autres tels bons mouuements qu’il receuoit d’enhaut, nous a laissé sans y penser un vray et naif portraict d’un parfaict ouuvrier apostolique, et de ce qu’il a mis par escrit, nous en auons formé le deduict de sa vie, laquelle ayant esté au commencement insérée dans la première partie de l’histoire de la Compagnie de Jésus [= le t. 1 de l’Historia societatis[37]], de l’aduis des mieux entendus en a esté tirée, pour estre couchée en un petit liuret à part, a cause du grand profit qu’on espère qu’elle apportera a ceux qui en feront lecture et aux fins de la rendre plus familiere à tous ceux qui travaillent a cultiuer la vigne de Iesus-Christ. Elle seruira donc de motif à un chacun, pour admirer et quant et quant imiter les vertus de ce Père. Mais notamment tous bons ouvriers Evangeliques verront en icelle, comme en un beau miroir, l’ardant desir qu’ils doiuent auoir de procurer la gloire de Dieu, l’insatiable soif du salut des ames, l’inuincible courage a souffrir toute sorte de mesaises et d’incommoditez, de soings et trauaux, a l’employ d’un si sainct et profitable exercice, et sur tout y remarqueront que tel a este le cours de la vie du P. Pierre le Feure, que, bien qu’il fust parmy la meslee des hommes et de plusieurs affaires, sa conuersation estoit ordinaire au Ciel, dont il prisoit les forces pour supporter les trauaux et la grace pour se perfectionner en ses sainctes affections.[38]

Ces amples périodes sont celles d’un véritable panégyrique. La différence y est indiquée entre la relation historique proprement dite et la mise à part dans le « livret ». Il ne s’agit pas là d’un simple « digest », mais d’une mise en forme canonique qui vise à démontrer la sainteté, sans la proclamer, tout en soutenant la dévotion. Deux éditions paraissent coup sur coup, en 1517 et 1518, en latin puis en français, à Lyon puis à Bordeaux . Il y a là clairement une intention de propagande discrète mais réelle vers les régions censées s’intéresser davantage à Pierre Favre.[39] Atermoiement et dénouement favriens
Ainsi donc il y eut une action de la part et du diocèse d’origine et de la Compagnie dans les soixante-dix ans qui ont suivi la mort d’Ignace, pour que celui-ci et ses deux tout premiers compagnons soient peints ensemble sur la bannière. Ignace et François sont passés. Pierre , non. Pourquoi ? Après avoir répondu à cette question, nous verrons comment le processus est reparti au xixe siècle.
On peut cerner quatre causes du stop survenu, dans les années 1620, à la cause de Pierre Favre, l’arrêt n’étant du reste en rien total. La rumeur va persister dans les deux aires productrices de dévotion, la patrie savoyarde et la Compagnie.
La première est une certaine fatigue après les efforts considérables qu’il a fallu déployer pour parvenir aux deux canonisations de 1622. Qu’on se rapporte, par exemple, aux procès qu’il a fallu multiplier en Espagne concernant Ignace dans les lieux où il a séjourné ou opéré des miracles.[40] De plus, le successeur d’Aquaviva est indéniablement moins entreprenant que celui-ci.
La deuxième est que la Compagnie est, en ces années, obligée de s’intéresser à son devenir au-delà de ses origines. C’est ainsi que le même Père Vitelleschi, qui a relancé par son bras chambérien les interrogatoires en Savoie (1626,[41]) est parvenu à la béatification de François Borgia en 1624. De même, Daniel Bartoli, historien de la Compagnie , après avoir publié un Della vita e dell’ Instituto de san Ignazio fundatore della Compagnia di Giesu (1650), où Favre a toute sa place, s’intéresse à l’Historia de la Compagnie di Giesu en Europe du Nord, en Italie, en Asie, au Japon.[42] Et il diffuse des vies de préposés généraux Claude Aquaviva, Borgia, Vincente Carafa[43], et de futurs saints, Stanislas Kostka[44], Bellarmin.[45] La Compagnie en quelque sorte implose.
Touchant aussi plus directement Pierre Favre, il y a enfin ces deux faits. Son corps a disparu dans la construction du Gesù. Dans un tout autre domaine, sa base populaire est faible. Aucun des pays où il a travaillé, souvent si peu de temps, n’est à même d’apporter sa caution à une universalisation de sa sainteté ; de plus, la Savoie est politiquement sans force. Favre n’a ni un Philippe II ni un Jean III pour lancer sa postulation. Le duc Charles III le Bon, malgré son affection personnelle pour Pierre Favre[46], est un prince sans influence dans l’Europe de l’heure. Du reste la capitale du duché passe en ces années de Chambéry à Turin [47].
Après la tourmente révolutionnaire, en même temps que la Compagne se rétablit, la chapelle du Villaret renaît de ses ruines. Toujours portée par la dévotion immémoriale, que rien ne remplace, l’action, entamée et oubliée au début du xviie siècle, est reprise et menée jusqu’à la déclaration pontificale de la béatitude. Celle-ci est obtenue en 1872. Les actes en sont publiés dans les Fabri Monumenta.[48].
Deux circonstances fournissent une raison de ce résultat. Il y a tout d’abord les travaux du P. Joseph Boëro (1814-1896), qui est depuis 1852 le postulateur des causes de béatification et de canonisation de la Compagnie. Auteur de nombreuses vies de futurs canonisés parmi les jésuites,[49] il met en route la première édition du Mémorial en même temps qu’il compose la Vita del Beato Fabro – donc après la béatification (sic « beato »), mais tout s’est fait en même temps ;[50] très vite, nous avons en mains une traduction italienne, une édition latine et une traduction française du même Mémorial (1873-1874)[51]. Ce texte, majeur, très utilisé par Orlandini, par exemple – voir ci-dessus la citation de la fin de sa préface –,[52] était quelque peu tombé dans l’ombre. On va de plus en plus s’y référer, tant dans les vies qui vont fleurir désormais[53] que dans les traductions récentes où de grands progrès se font jour tant dans la fidélité au texte que dans le commentaire : ces présentations sont publiées en allemand, en anglais, en espagnol, en français, en italien.[54] Pierre Favre a été relu à neuf. Le deuxième fait est l’étroite collaboration qui s’est nouée entre le diocèse d’Annecy et la Compagnie pour que soit enfin déclarée par l’autorité romaine l’authenticité de ce qui était connu et goûté de Pierre Favre depuis son bref passage sur ola terre et son travail apostolique plus bref encore parmi les hommes.[55] On ne l’a jamais oublié. On est désormais assuré en Église qu’on a eu raison de ne jamais l’oublier.
Et maintenant ? Trois raisons font penser que le processus n’est pas achevé. D’une part, indéniablement, la connaissance et l’affection pour Pierre Favre se sont considérablement étoffées depuis sa béatification. Nous en prenons pour témoin la production littéraire que le paragraphe précédent a brièvement rappelée. La seconde raison est que la base sociale de la reconnaissance de la sainteté de Pierre Favre s’est élargie. En particulier, l’Allemagne commence à retrouver, premier par rapport à son grand missionnaire, Pierre Canisius, le visage de Pierre Favre, comme celui du premier jésuite tombé dans ces régions au plein milieu de la poussée du luthéranisme. Dès 1991, le P. Peter Henrici, devenu depuis évêque auxiliaire de Zurich à Coire, choisit de traiter « Der erste Jesuit in Deutschland, Peter Faber » pour sa contribution au livre du jubilé de la naissance d’Ignace le fondateur, qui fut publié par les provinces germanophones de la Compagnie , Ignatius de Loyola und die Gesellschaft Jesu, 1491-1556.[56] Enfin, les manifestations de l’année 2006, pour le cinq centième anniversaire de la naissance de Pierre Favre et de François Xavier – et le quatre cent cinquantième de la mort d’Ignace – ont manifesté d’une plus juste façon la force du trio initial, vrai prototype des « Amis dans le Seigneur » que les jésuites et, avec eux, tous ceux et toutes celles qui vivent de la spiritualité ignatienne sont appelés à être[57]. Approfondissement de la relation personnelle de beaucoup avec Pierre Favre, universalisation de son travail apostolique, découverte de son charisme d’amitié dans le discernement… Bien des chantiers sont donc ouverts où, l’Esprit saint aidant, la sainteté de Pierre Favre apparaîtra de plus en plus comme canonisable. La balle est dans le camp des usagers. Les faits rapportés dans ces pages démontrent que la collaboration des chrétiens de Savoie et des jésuites est des plus favorables à la diffusion de l’aura fabrienne. Il n’est que de la conforter dans le Seigneur. Mais déjà le diocèse d’Annecy a voulu mettre la grande paroisse autour du Grand-Bornand sous le vocable du « Bienheureux Pierre Favre des Vallée ». Et nombreuses sont les communautés de compagnons dans le monde qui, désormais, se mettent aussi sous son patronage.
Au point où nous en sommes, il est bon de nous rappeler les profondes paroles de Bernard de Clairvaux en son cinquième sermon en la fête de tous les saints : « A l’évidence, si nous leur rendons hommage, c’est tout notre intérêt, non le leur ».[58] Trouvons donc toujours plus d’intérêt à fréquenter ce bienveillant et judicieux compagnon. C’est notre intérêt bien compris qui commande.
Dominique Bertrand, s.j.

Le premier en chemin
Premier compagnon d’Ignace, premier à faire les Exercices, premier prêtre de la Compagnie , premier jésuite dans l’Europe du Nord, premier dans la Péninsule ibérique : Pierre Favre. Né en 1506, Savoie historique, il est mort à Rome en 1546. Cette quarantaine se répartit aisément en quatre décennies. La première est celle du jeune paysan, pleurant de ne pas aller aux études, intérieurement touché par Dieu. La seconde est celle de l’écolier au chef-lieu, puis du pensionnaire au très réputé collège de La Roche , dans le Genevois, y tâtant de l’humanisme érasmien au moment où celui-ci se casse en Europe sous le coup de boutoir luthérien (1517). La troisième est celle de l’étudiant de Sainte-Barbe, le collège le mieux coté et doté de Paris de par les largesses du roi de Portugal ; c’est le moment de sa rencontre avec Ignace, de sa conversion et de la fondation du nouvel ordre. La quatrième est celle du profès en mission du Nord au Sud de l’Europe. Si brève, en quelle bouillante période, quelle brûlante destinée ! et si secrète !
Bien des traits peu remarqués rendent de fait étonnante ces quarante années, notamment dans les vingt dernières ; le doigt de Dieu s’y fait reconnaître en d’imprévisibles consolations.
Il y a d’abord l’admission du rural pauvre dans l’appartement du professeur principal de Sainte-Barbe (1525). Pierre Favre y tombe sur Francisco de Jassu y Xaver, du même âge que lui, mais, quant à lui, tout à fait à sa place de noble dans l’institution. Comme, quatre ans plus tard, sur le caballero pèlerin, Iñigo Lopez de Loyola. On ne peut que subodorer ici la faveur de la duchesse de Savoie, Béatrice, sœur de Jean III, prévenue – comment ? – des talents de Pierre dans le collège phare. Quoi qu’il en soit, l’important est là : la triple amitié qui se noue au centre intellectuel du monde, et cet échange : Pierre est le répétiteur d’Iñigo en latin et Iñigo de Pierre dans les voies de l’Esprit.
La suite est mieux connue, quoique souvent peu focalisée sur Favre. Celui-ci fait en plein hiver de 1534 les Grands Exercices, bien entendu avec son accompagnateur, et honore son élection par les ordinations du presbytérat. Le groupe des iniguistes s’étoffe. Il se donne un avenir commun par le vœu de Montmartre (même année 1534). Ignace, devenu comme les autres maître ès arts et quittant Paris pour l’Espagne, Pierre devient l’âme des « amis dans le Christ », notamment dans la grande pérégrination qui les mène à Venise, où Ignace les attend, puis, La Terre sainte étant fermée à leur projet, à Rome. Le groupe devient la Compagnie approuvée par Paul III (1540). Mais, à trente ans, dès 1536, Favre a déjà revêtu sa livrée de « serviteur » chez « les fidèles et les infidèles », en l’occurrence ce nouveau genre d’attente qui caractérise les croyants d’une chrétienté déstabilisée.
Restent donc dix ans de mission pour sillonner l’Europe : cinq mois à Parme, dix mois, le premier séjour en Allemagne (Worms et Ratisbonne), six mois le premier séjour en Espagne (quatre mois autour de Madrid), vingt-trois mois en Rhénanie allemande et néerlandaise autour de Cologne, cinq mois au Portugal (plutôt à la cour), dix-huit mois en Espagne (plutôt à la cour), quelques semaines à Rome en partance pour Trente. Ces déplacements se font à pied, sauf les traversées Anvers-Lisbonne et Barcelone-Rome. De plus, dès Parme (1536), la robuste constitution du paysan des Alpes contracte la malaria. A travers plusieurs accès ( Louvain , Barcelone), elle le minera à mort. Troisièmement, doué pour les langues, Favre vit presque la moitié de ces années au Nord de l’Europe, dont il ne connaît pas les parlers : cela contient son zèle et le réduit au contact avec les « lettrés ». Quatrièmement, partout les résistances sont raides, que ce soit à la façon protestante en Rhénanie ou à la façon illuministe et conservatrice dans la Péninsule. Mais voici le doigt de Dieu. Partout, Pierre se fait des amis. Sans cesse, il fait de ces amis des spirituels. Le grand exemple est ici Pierre Kanis, fils du Bourgmestre de Nimègue, connu sous le nom de Canisius. Ses Grands Exercices faits à Mayence témoignent. Mais les enfants catéchisés de l’humble Galapagar, en Castille, tout autant.
L’efficacité apostolique de Pierre Favre est manifeste. Son intelligence apostolique en est le moteur. Outre la rédaction de la « Délibération de 1539 » qui lui est attribuée, outre ce maillon qu’il a été entre la spiritualité expérimentale d’Ignace et celle des Pères du Désert, via Jean Cassien, Pierre Favre a laissé trois sortes d’écrits, preuves chacun à sa manière de sa réflexion sans cesse en éveil pour mieux aider et aimer. Il y a les cent quarante-sept documents de sa correspondance, d’où émergent douze petits traités spirituels. Et il y a les quatre cent quarante-quatre paragraphes du Mémorial des désirs et des pensées du Père Maître Pierre Favre, compagnon de saint Ignace. Trois extraits sont exposés en encart. Redécouverts à la fin du xixe siècle au moment de la béatification, ces écrits ne pourront que poursuivre leur assistance aux amis de Dieu dans le dynamisme de la canonisation. Le décret est signé aujourd’hui même, 17 décembre 2013, par un ami de saint Pierre Favre, le pape François.
Dominique Bertrand, s.j.

Ces lignes sont directement inspirées de D. Bertrand, Pierre Favre, un portrait, Lessius, Bruxelles 2007.


[1]. Théodore Ortolan, OMI, « Canonisation dans l’Église romaine », in Dictionnaire de théologie catholique (DTC), 15 vols in 30 parts (Letouzey et Ané, Paris, 1923-1950) t. III (1923), col. 1626-1659.
[2]. On lira avec profit à ce sujet l’Introduction d’Andrea Ricardi, Ils sont morts pour leur foi. La persécution des chrétiens au xxe siècle, trad. J. Gayrard (Plon Paris 2002), p. 7-20, sur la fondation, préconisée par Jean-Paul II au moment du jubilé, de la Commission des Nouveaux martyrs.
[3]. DTC, col. 1636-1639.
[4]. DTC, col. 1635, 3e §, à comparer avec col. 494, dans l’article « Béatification », col. 493-497.
[5]. Voir Heinrich Denzinger, « Décret sur l’invocation, la vénération et les reliques des saints, et sur les saintes images », in Symboles et définitions de la foi catholique, éd. Peter Hünermann et Joseph Hoffmann, Paris, Cerf, 1996, p. 480-482, spécialement le n° 1825, pp. 481. A partir du début du xviie s., les Acta sanctorum des Bollandistes, S.J., en réunissant au jour de la fête des saints, tous les documents les concernant, ont contribué à une clarification fondamentale dans le domaine de l’hagiographie.
[6]. DTC, « Procédure actuelle », col. 1645-1656.
[7]. Voir par exemple, dans le t. 1 Actes du XIe congrès international d’archéologie chrétienne. Lyon, Grenoble, Genève et Aoste (21-28 septembre 1986, Rome1989) », le rapport sur les cathédrales en Italie, G. Cantino Wataghin, « La cattedrale in Italia », p. 5-57.
[8]. Nicolas Orlandini : * 10/04/1553, Florence , Italie, SJ 07/11/1572, Rome , Italie, †17/03/1606, Rome , Italie, voir Diccionario histórico de la Compañía de Jesús, éd. C.E. O’Neill et J.M. Domínguez, 4 t., Rome/Madrid 2001 (DHCJ), t. 3, p. 2924.
[9]. Voir Nicolas Orlandini S.J., Historiae Societatis prima pars avtore Nicolao Orlandino Societatis ejusdem sacerdote, Romae apud Bartholomæum Zanettum, Anno Dñi MDCXV, Valerianus Regnartius sculpsit [le frontispice]. Il est probable aussi que le frontispice a été corrigé par l’adjonction du B. [= Beatus] pour François, lequel a donc pris la place à droite, déplaçant ainsi Pierre Favre, le premier des compagnons, à gauche. En ce cas, concernant la date du frontispice, MDCXV, on doit trouver une explication dans le réemploi d’une plaque ancienne.
[10]. Oratio Torsellino : * ?/11/1544, Rome , SJ 15/08/1562, Rome , † 06/04/1578, Rome .
[11]. Voir Alexandre Brou, S.J., Saint François Xavier, 2 t., Paris 1912, dans le livre IX, « La mission de Chine. La mort », le chapitre 4, « Le triomphe », t. 2, p. 370-383, et le chapitre 5, « De la mort à la canonisation », p. 384-406. Dès que la nouvelle de la mort parvient au Portugal, le roi Jean III met en branle une enquête dans les Indes et en transmet les résultats à Rome, mais il meurt en 1557 ; la poursuite des démarches est alors stoppée pour cinquante ans (ibid., p. 391-395).– Alexandre Brou : * 26/04/1862, Chartres, France, SJ 1890, Aberdify, Royaume Uni † 12/03/1947, DHCJ, p. 1, 554.
[12]. On a, pour lancer les affaires, une correspondance de Philippe II à son ambassadeur à Rome et au pape Clément VIII, nos 34 (17, 10, 1593), 35, 36 (6, 8, 1594), Scripta de sancto Ignatio de Loyola, Societatis fundatore, t. 2, Madrid 1918, p. 126-128. Henri IV vient à la rescousse et se joint à la « nuée des témoins » le 1er octobre 1608, ibid., p. 939.
[13]. Claude Aquaviva : * 14/09/1543, Atri, Iralie, SJ 22/07/1567, Rome , Italie, Élection PG 19/02/1581 † 03/01/1615, Rome , DHCJ 1, pp. 1614.1615.
[14]. Voir Mon. paed., 7 t., Rome (129) : ce volume ; à la suite des numéros 92, 107, 108, 124 de cette série qui en constitue la préhistoire, édite les trois versions de la Ratio atque institutio studiorum, 1586, 1591 aboutissant à 1599, le tout, sous la responsabilité du Père général, qui est Claude Aquaviva de 1581 à 1615.
[15]. Voir Directoria (76) : ce volume, parallèle au précédent, montre comment peu à peu, dès le début (1540), jusqu’au texte définitivement approuvé sous Aquaviva (1599), cet ensemble de conseils pour donner les Exercices spirituels s’est constitué.
[16]. Voir la n. 8. Nicolas Orlandini (1570-1606) a été le premier en titre des historiens de la Compagnie ; il débute dans son travail en 1599 et met en place le tome 1 de l’Historia Societatis Jesu qui court jusqu’à 1556. François Sacchini (1570-1625), appelé près du précédent comme collaborateur, prend son poste en 1606 et le garde jusqu’en 1619. Il édite les œuvres de son devancier, publie le tome 2, tout en préparant ce que ses successeurs mettront au jour.– François Sacchini : *10/11/1570, Paciano, Italie, SJ 08/10/1588, Rome , † 16/12/1625, Rome , DHCJ 4, p. 3458.
[17]. Voir Ursula König-Nordhoff, « Zur Enstehung des Vita Beati P. Ignatii Loyolae Iesv Fundatoris, Romae 1609 und 1622 », AHSI 45 (1976), 306-317. Une thèse pour le doctorat conjoint d’histoire religieuse et de théologie présenté à Lyon 2 et à la Faculté de théologie de Lyon a tenté de faire une synthèse sur l’évolution de la figure d’Ignace de Loyola de 1556 à 1622, Françoise Durand, Ignace de Loyola : image et légende. Contribution à l’histoire et à la théologie de la tradition ignatienne, 1993 (inédit).
[18]. Voir A. Brou, Vie Xavier, p. 406.
[19]. Ignace de Loyola, Epp. Ign., 22, n° 129, p. 402.
[20]. Epp. Mixtae, 5 t., Rome (12), n° 90, p. 313-314.– André de Oviedo : * 1518, Illescas, Espagne, SJ 19/06/1541, Rome, †29/06/1572, Fremona, Éthiopie, DHCJ 3, p. 2936.
[21]. François Xavier, Correspondance 1535-1522. Lettres et documents, éd. Hugues Didier (Paris, Christus 64, 1987, n° 59, 1548, p. 209 : « Je n’ai pas oms de prendre pour protecteurs tous les saints se trouvant dns la gloire du Paradis, à commencer par ceux qui, pendant cette vie, ont appartenu à la sainte Compagnie de Jésus, en prenant d’abord pour protecteur l’âme bienheureuse du P. Favre… », François Xavier, « Lettre 59 », 20 janvier 1548 [Xavier a donc appris la mort de Favre], Correspondance 1535-1552. Lettres et documents (Paris, Chrsitus 64, 1987), p. 209.
[22]. Pierre Canisius, « Lettre n° 21 », 2 janvier 1996, « Appendix », in Faber, pp. 484-488.– Pierre Canisius : *08/05/1521, Nimègue, Pays-Bas, SJ 08/05/1543, Mayence, Allemagne, † 21/12/1597, Fribourg-en-Suisse, DHCJ 1, p. 633.
[23]. Jean-Alphonse de Polanco, S.J., Vita Ignatii Loiolae et rerum Societatis Jesu Historia (= Chronicon), 6 t., Madrid, MHSI, 6 t., 1894-1898 : dans le t.1, 53 références à Pierre Favre contre 70 à Xavier 70 pour un bien plus grand nombre de pages, le tome 1 courant jusqu’en 1556, Favre étant mort en 1546 et Xavier en 1553.– Jean-Alphonse de Polanco : *24/2/1517, Burgos, Espagne, SJ 1541, Rome, † 20/12/1576, DHCJ 4, p. 3168.
[24]. Pierre de Ribadeneira, Vita Ignatii Loyolae, t. 4, in Font. Narr. 4 t. Rome (93), respectivement 54 et 54 références.– Pierre de Ribadeneira : * 01/11/1526, Tolède, Espagne, SJ 01/09/11540, † 22/09/1611, Rome, DHCJ 4, p. 3345.
[25]. Dans l’Historia Societatis, voir n.8 – nous parlerons plus tard de la Vita Fabri , elle aussi éditée par Sacchini : Favre, 69 références, Xavier 116 (le tome traite la matière jusqu’en 1556).
[26]. Bien que distribuant la matière autrement que ces prédécesseurs, cet historien du milieu du xviie siècle n’oublie pas la sainteté de Pierre Favre, voir ci-dessous notes 38 et 39.– Daniel Bartoli :*12/02/1608, Ferrare, Italie, SJ 10/12/1623, Novellara, Italie, † 10/01/1685, Rome , DHCJ 1, p. 360.
[27]. Polanco, Chronicon, p. 186.
[28]. Ribadenira, Vita Ignatii, pp. 416-427. Il faudrait analyser de près ce beau morceau d’éloquence latine et castillane. Il se termine par une prophétie un peu sibylline d’Ignace sur l’entrée de François Borgia dans la Compagnie qui viendrait amplement combler le vide bien évident causé par la mort de Pierre Favre.– François Borgia : * 28/10/1510, Gandie, Espagne, SJ 02/06/1546, Gandie, Élection PG 02/07/1568, † 30/09/1973, Rome , DHCJ 2, p. 1605.
[29]. Faber, « Antiquus processus », « Depositio secunda », p. 773.
[30]. Faber, « Complementum processus », « Article VIII. Grâces miraculeuses obtenues de Dieu par l’intercession du Vén. P. Lefèvre », pp. 833-838.
[31]. Faber., « Article II », p. 819 et passim, mais c’est seulement dans le document ici cité que la date précise apparaît.
[32]. François de Sales, Introduction à la vie dévote 2, 16, édition par A. Ravier, La Pléiade , Paris 1969, p. 107-108. Les procès reviennent constamment sur ce témoignage. Une lettre du saint de 1612 sur « notre bienheureux Pierre Favre » est citée parmi les documents des « Processus », op. cit. n. 19, p. 803.– André Ravier : * 03/06/1905,Poligny, France, SJ 17/10/1922, Lyon , France, † 19/05/1999, Paris, Catalogues de la Province de France.
[33]. Voir ci-dessus p. 2.
[34]. Tout ceci est bien expliqué par le Père Antonin Maurel, La Vie du bienheureux Père Pierre Lefèvre de la Compagnie de Jésus, Lyon 1873, p. 264-265, dans le chapitre 7 qui traite de la béatification et de la canonisation au sujet de Pierre Favre. Le même P. Maurel a été le postulateur en second de la cause qui a abouti à la béatification. Son passage au Villaret est raconté dans la partie de Faber qui recueille les procès, v. p. 832-833.– Antonin Maurel : * 06/04/1803, Apt, France, SH 28/10/1820, ( ?), † 26/12/1874, Sommervogel, 10 t., Paris-Bruxelles (5), col. 758-761.
[35]. Ibid., p. 757-803. Pour tout le détail de ces épisodes, voir A. Maurel, La Vie du bienheureux, pp. XVII-XXII.
[36]. Muzio Vitelleschi : * 02/12/1563, Rome , SJ 16/08/1583 Rome , Élection PG 15/11/1616, † 09/02/1645, DHCJ 2, pp. 1621-1622.
[37]. Voir ci-dessus p. 3 et n. 13, p. 4 et n. 22.
[38]. Nicolas Orlandin [= Orlandini], La Vie du R.P. Pierre Le Feure, premier compagnon du B.P. Ignace de Loyola, fondateur de la compagnie de Jesus, mise en français par un autre Père d’icelle, Bordeaux 1618, p. A4-A5. La Vie latine était parue l’année précédente à Lyon .
[39]. Une autre édition en latin paraît à Dillingen en 1647 : Forma sacerdotis apostolici expressa in exemplo Petri Fabri qui fuit primus e sociis S. Ignatii Loiolæ fundatoris societatis Iesu, Editio altera.
[40]. Ces enquêtes se déroulent, de Burgos, juillet-septembre 1593, à Majorque, juin-octobre 1599, cf. Scripta de sancto Ignatio.
[41]. Voir A. Maurel, La Vie du binheureux, p. XX, et Faber, p. 758.
[42]. Daniel Bartoli (1608-1685) devient en 1649 historien officiel de la Compagnie. Après avoir publié une nouvelle Vie de saint Ignace (1650), il exalte les misisons de la Compagnie en Indes, au Japon, en Chine (trois volumes en 1653, 1660, 1663), puis en Angleterre et en Italie (1667 et 1673). On sent l’éclatement des perspectives.
[43]. Vincente Carafa : *09/05/1585, Andria , Italie, SJ 04/10/1604, Naples , Italie, Élection PG 07/01/1646, Rome , DHCJ 2, pp. 1627.1629.
[44]. Stanislas Kostka : * 28/10/1550, Rostkow, Pologne, SJ 27/10/1567, Rome , † 15/08/1568, DHCJ 3, p. 2219.
[45]. : On a là encore un signe de la dispersion des intérêts de Bartoli : l’auteur publie des biographies des Pères généraux Vincent Carafa (1651), François Borgia (1653), de futurs béatifiés ou canonisés, Rodolphe Aquaviva ( 1653), Stanislas Kostka (1670).– Robert Bellarmin (1678), voir Sommervogel (1), col. 964-985.– Rodolphe Aquaviva : * 1557, SJ ?, † 17/07/1583, Inde, Sommervogel (1), col. 491. Robert Bellarmin : * 04/10/15542, Montepulciano, Italie, SJ 10/09/1560, Rome , † 17/11/1621, DHCJ 1, p. 187.
[46]. Voir dans Dominique Bertrand,S.J., Pierre Favre, un portrait, Au singulier 14 (Bruxelles, Lessius, 2006), p. 195-196, la rencontre du duc et du compagnon, en juin 1541, à la diète de Ratisbonne.
[47] Voir Mary. Purcell, The Quiet Compagnon, Dublin 1970, p. 14-16 et 41-42.
[48]. Faber, p. 697-756.
[49]. A la manière de Bartoli, le P. Boëro multiplie les biographies de jésuites au long des trois siècles : Jean de Brito (1852), les martyrs japonais (1862), André Bobola (1853), Ignace de Azevedo (1854), Pierre Canisius (1864), Jean Berchmans (1965), Charles Spinola (1867). Mais il revient aussi vers les anciens, dont Pierre Favre, pour à la fois offrir une biographie, traduire le Mémorial et promouvoir la béatification.– Joseph Boëro : *15/15/1814, Isolabona, Italie, SJ 06/01/1830, Rome, † 08/02/1884, Rome, DHCJ 1, p. 649.– Étienne de Brito :* 1567, Viçoza/Estremoz, SJ 07/1582, Portugal, † 02/121641, Craganor, Inde, DHCJ 1, p. 549.– André Bobola : * 30/11/159, Strachocina, Pologne, SJ 31/07/1611, Vilna, Lituanie, † 16/05/1657, Janów Podlaski, Pologne.– Ignace de Azevedo : * 1526, Porto, SJ 28/12/1548, Coïmbre, Portugal, † 15/07/15470, au large des Canaries, Espagne, DHCJ 1, p. 313.– Jean Berchmans : *15/03/1599, Diest, Belgique, SJ 24/09/1616, Malines, Belgique, † 13/08/1621, Rome, DHCJ 1, p. 412.– Charles Spinola :* 162/1565, Madrid, Espagne, SJ 23/12/1584, Rome, † 10/09/1622, Nagasaki, Japon, DHCJ, p. 3623.
[50]. Voir la préface des Fabri Monumenta, Faber, p. XIII. L’édition des Fabri Monumenta en 1914 s’inscrit dans tout cet effort. Celle-ci a surtout servi, dans un premier temps au Mémorial, la correspondance n’étant que bien peu prise en compte.
[51]. Faber, p. XIII. Le jésuite français, Marcel Bouix, travaillait parallèlement au P. Boëro : on lui doit l’impression et la réimpression en latin du Mémorial et sa traduction en français.– Marcel Bouix : *25/06/1801, Bagnères-de-Bigorre France, SJ 13/09/1825, Toulouse , † 28/12/1889, Paris, DHCJ 1, p. 507.
[52]. Voir ci-dessus p. 6-7, et n. 37 : Pierre Favre y est spécialement loué pour le « soin particulier qu’il auoit d’obseruer attentiuement l’entier estat de son ame ».
[53]. Pour les « vies », voir Pierre Favre, un portrait, op. cit. n. 40, p. 26-27. Sur le Mémorial, p. 223-224.
[54]. Concernant le Mémorial, voir ibid., p 223-224, avec une mention spéciale à l’introduction et à l’annotation de Michel de Certeau, ibid., p. 27-30 et 226-231, 251-267. Mais il faut en même temps indiquer les commentaires des Pères Carlos Guillermo Plaza Alfonzo, S.J., et Brian O’Leary, S.J., sur l’interprétation à donner à l’ouvrage dans les passages que nous venons de citer.– Carlos Guillermo Plaza Alfonzo : * 11/00/1902, Caracas, Venezuela, SJ 03/04/1922, Loyola, Espagne, † 18/01/1975, Caracas.– Michel de Certeau : * 17/05/1925, Chambéry, SJ 05/11/1950, Laval, France, † 09/011996, Paris, DHCJ 1, p. 737.
[55]. Sur cet enthousiasme durable dans le pays natal, voir ce qui est dit de la venue du P. Maurel sur les lieux de la naissance p. 11. n. 34.
[56]. Voir Peter Henrici, S.J., « Der erste Jesuit in Deutschland, Peter Faber », in Ignatius von Loyola und die Gesellschaft Jesu, 1491-1556, direction par Andreas Falkner, S.J., et Paul Imhof, S.J., Wurtzbourg 1990, p. 231-244.
[57]. « Amis dans le Seigneur », telle est la devise du jubilé de la Compagnie de Jésus tel qu’il a été célébré en 2006 dans la Province de France pour le 500e anniversaire des naissances de Pierre Favre et François Xavier et le 450e de la mort d’Ignace de Loyola. Cette même année du jubilé est parue en Allemagne une biographie de Pierre Favre qui met pleinement en œuvre la perspective universaliste indiquée ci-dessus dans le texte, Rita Haub, Peter Faber, Globetrotter Gottes, Topos plus 586, Kevelaer 2006.
[58]. Bernard de Clairvaux, « Sermo 5 in festivitate omnium sanctorum », in Sancti Bernardi Opera, 8 t (Rome, 1957-1977, Ediciones cistercienses), 5, p. 364.

Dans cette rubrique

Voir aussi

Dernières News