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le P. Josse van der Rest lutte contre la pauvreté au Chili

Hogar de Cristo et fondation SELAVIP - Pour que chacun ait un toit

5 avril 2014

Né en 1924, le père jésuite Josse van der Rest, missionnaire au Chili, a dédié sa vie aux sans-toit et aux sans-terre. En 35 ans, à travers deux organisations (Hogar de Cristo et SELAVIP) le père bâtisseur a construit plus de 3 millions de maisons en Amérique du Sud, en Afrique et en Asie !

Résistant durant la deuxième guerre mondiale, puis missionnaire au Chili dans les années Pinochet il combat les injustices de notre société, qu’elles soient politiques ou économiques.

« Il vaut mieux 4 planches aujourd’hui qu’une maison solide dans 10 ans »

La Libre 2014
Loin de bénéficier d’une renommée aussi prestigieuse que celle du père Damien ou de sœur Emmanuelle en Belgique, Josse van der Rest n’en est pas moins une célébrité. Mais c’est surtout en Amérique du Sud qu’il est connu et adulé. Citoyen d’honneur du Chili où il a émigré à la fin des années 50, il a consacré sa vie à œuvrer en faveur des plus pauvres, en particulier ceux qui, en milieu urbain, ne disposent pas d’un toit. S’il avait été chef d’entreprise, il aurait certainement fait fortune. On le qualifierait même de plus grand promoteur immobilier de la planète tant il est à l’origine de la création d’une quantité incroyable de maisons sur le continent latino-américain, en Asie et en Afrique...

La Libre - Opinions

De tous les peuples, les Belges seraient les moins fiers d’eux-mêmes, souvent inconscients de leurs compatriotes exemplaires. Hors frontières aussi, des Belges ont œuvré au point de mériter d’être reconnus, comme l’ont été le père Damien ou sœur Emmanuelle. En découvrant un tel être d’exception, ainsi que l’œuvre de sa vie, comment ne pas partager enthousiasme et admiration ? Et si par humilité il met en valeur ses collaborateurs et non lui-même, on le présente d’autant plus volontiers. Voici cette émouvante destinée.


Padre Josse vient de fêter son 90e anniversaire à Santiago d’où il rayonne depuis près de 60 ans, entouré de 27 parents et d’innombrables amis locaux. Josse est entré dans la Compagnie de Jésus en 1945 après trois années passées comme étudiant, résistant et volontaire de guerre. Le bombardement d’un village allemand avait volatilisé les deux bras d’une statue du Christ en dessous de laquelle un soldat avait écrit : "Je n’ai plus que tes bras". Josse a été touché et a donné les siens.

A l’issue d’une longue formation terminée à la Grégorienne de Rome, il a été envoyé au Chili. Son confrère chilien Alberto Hurtado, qui étudia à Louvain et fut canonisé en 2005, y avait fondé Hogar (foyer) de Cristo. Josse a contribué à en faire le plus grand ensemble socio-caritatif d’Amérique latine, employant 5 000 personnes dans 70 œuvres ou fondations (orphelinats, centres de recueil pour jeunes, pour femmes battues, pour mourants dans la rue, asiles, hospices et hôpitaux, restaurants du cœur etc..). A force de côtoyer les habitants des bidonvilles, il a "enrichi" son espagnol d’argot, au point que les bien-pensants le surnommaient Padre de los garabatos (le père aux gros mots). Son exclamation illustre sa truculence provocante : "Ces couillons du Vatican se préoccupent plus de capotes anglaises que d’aider les pauvres."

Aumônier de la Fundacion Vivienda (Fondation logement), Josse a constaté la décomposition des familles urbaines indigentes sans toit fixe ou au mieux entassées chez des parents dans une promiscuité destructrice des valeurs humaines. La politique du logement étant encore rudimentaire ou fermée aux plus pauvres des pauvres. Il a entrepris de leur procurer un bout de terrain où édifier un foyer. Sur des terrains inutilisés par des propriétaires spéculant sur leur renchérissement, ses camions de dix tonnes débarquaient à la tombée de la nuit les éléments préfabriqués pour y assembler des "maisons en bois" de 18 m² pour une trentaine de familles qui offraient leurs bras. Le lendemain, la police n’avait pas les moyens, voire le droit de les expulser et d’éradiquer les implantations. Il acculait ainsi les propriétaires à négocier à des prix décents et les autorités à viabiliser et à améliorer leur politique. Mieux valait un abri provisoire tout de suite qu’une bonne maison hypothétique dans cinq ans. Mieux vaut vivre en dehors de la légalité que mourir dans la légalité. Voir naître un bébé dans un logement miraculeusement édifié la veille pour ses parents, donne les larmes aux yeux. Ces occupations de terrain n’étaient pas criminelles, mais se justifiaient éthiquement pour sauver des familles et assurer un minimum de solidarité urbaine plutôt que l’exclusion. Il s’est fait tirer les oreilles, n’a fait que quelques jours de prison et s’est tenu coi sous Pinochet. Comme il avait occupé un terrain de l’archevêché, le cardinal l’a convoqué pour le sermonner : "Comment un jésuite peut-il violer les droits de propriété ?" Le pénitent contrit a converti le prélat qui a fini par lui dire "tu peux occuper un autre de mes terrains que je te donne".

Quelles étaient les sources de financement ?
- Les dons de la fondation familiale van der Rest-Emsens.
- Des matériaux de second choix provenant des usines du groupe Emsens là-bas (il est le petit-fils du fondateur), mais les ouvriers amis communistes de Josse mettaient les bons matériaux en dessous des premiers dans les livraisons.
- Chaque famille payait au minimum 1 dollar par mois pendant cinq ans.
- Un système de microcrédit basé sur les mères de famille, seules les femmes étant rigoureuses. Josse l’a mis sur pied bien avant que le prix Nobel d’économie Muhammad Yunus n’en fasse la théorie après l’avoir observé chez lui. Les familles une fois détentrices de 1,2 are et d’une "maisonnette" l’amélioraient petit à petit en agrandissant, clôturant, plantant un arbre. Les gens s’entraidaient et se prêtaient.
- Enfin, et surtout, Josse a édifié une usine (scierie et préfabriqués), appelée désormais Fabrica Josse van der Rest où travaillent une centaine d’ouvriers. Ceux-ci fabriquent les maisonnettes de 18 m², mais aussi des chalets de 30 à 80 m² vendus aux riches, à peine plus que le prix du marché, deux fois le prix de revient. Telle est la solidarité. Josse l’a mise en pratique aussi pour que les pauvres puissent être ensevelis dans la dignité, les riches versant à l’œuvre 10 % de leurs frais de funérailles. Le Parlement chilien lui-même a décrété "un jour de solidarité" par an.

Quelque 3 000 bénévoles (souvent étudiants et le week-end) et une dizaine de permanents experts ont assemblé quelque 25 000 maisons par an. Ils taquinent Josse qui adorait conduire des camions : "Curé, on ne te connaît pas de femme. En cas de tentation, pense à Mercedes, mais attention à Mercedes Benz !"

Par rapport au début de l’action du père van de Rest, le Chili a la meilleure économie d’Amérique latine et une politique de logement plus efficace. C’est pourquoi, dès 1971, Josse a élargi son action à 68 pays d’Amérique latine, d’Asie et d’Afrique en créant la fondation Selavip (Servicio Latino Americano y Asiatico de Viviende Popular). Cette organisation laïque finance 58 projets par an, elle aura fait loger quelque 3 millions de familles de par le monde en développement.
Padre Josse aurait pu devenir un grand chef d’entreprise. Il est un religieux d’action. Pragmatique de terrain, il acquiesce à la théologie de la libération (que Rome n’a pas condamnée) sans verser dans ses outrances idéologiques et politiques. Adulé par les Chiliens et leurs dirigeants de tous bords, il est citoyen d’honneur du Chili. Il est connu en Amérique du Sud autant que l’abbé Pierre en France.

La vie lui a été donnée, non pour rester assis, mais pour la risquer. Et il l’a risquée en contribuant au bon changement dans le monde, en se consacrant pendant 60 ans aux plus pauvres des pauvres, non sans déborder de joie et de sérénité.

Il évoque le jeune homme riche de l’Evangile qui, au lieu de répondre comme lui l’a fait, s’en alla avec tristesse. Padre Josse est du bois dont sont faits les héros et les saints et dont le philosophe Henri Bergson disait, ils n’ont pas besoin de parler, il leur suffit d’exister… en agissant.

La Libre - 4 avril 2014
Un témoignage d’Alain Siaens, président honoraire de la Banque Degroof.

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