Les Jésuites de la Province de Belgique Méridionale et du Luxembourg (BML)

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Jésuites dans le monde

Jésuites dans le monde

Océan Pacifique

Mexique

Paraguay

Inde

Syrie

Survol de la Compagnie de Jésus dans le monde.

Née en Europe, la Compagnie de Jésus s’est élargie aux dimensions du monde. Ses 85 Provinces où travaillent 20.000 jésuites (En 2004 nous sommes 14.000 prêtres, 2.000 frères et 1.000 novices et 3000 étudiants) se répartissent sur tous les continents.

Les jésuites désirent être serviteurs de la mission du Christ partout et pour tous les ministéres utiles é la vie de l’Eglise. Les besoins les plus grands ou les plus urgents, la recherche des services favorisant un bien plus universel ont amené les jésuites é s’investir dans une grande variété de travaux. Voici quelques petits exemples

Océan Pacifique

UN SERVICE AUX ECOLES DANS L’ARCHIPEL DES CAROLINES

Les dix écoles primaires et les sept écoles secondaires qui sont groupées sous le titre ’Ecoles catholiques de la Micronésie’ se trouvent sur huit îles dans une aire de cinq millions de kilomètres carrée de l’océan Pacifique central et occidental. Elles vont de la plus petite, l’école Notre Dame de la Merci sur l’île de Pohnpei offrant un enseignement technique à 51 élèves, jusqu’à la plus grande sur l’île de Chuuk, l’école primaire Ste Cécile avec 725 enfants. Ces écoles sont régies par différentes formes d’administration et affichent une variété de buts et d’affiliations. Les unes se disent écoles paroissiales, d’autres dépendent d’un vicariat, d’un diocèse ou de la Compagnie de Jésus. Toutes assurent un enseignement académique et technique à des élèves catholiques et non-catholiques de trois pays, à savoir les Républiques de Palau et des îles Marshall et les Etats Fédérés de Micronésie, et de deux circonscriptions ecclésiastiques, le diocèse des îles Carolines et la préfecture apostolique des îles Marshall. Malgré les distances qui les séparent et leur diversité de fonctions, elles ont été regroupées ces dernières années avec une visée commune. Les jésuites en collaboration avec de nombreux collègues ont joué un rôle important dans la réalisation de ce projet.

Pendant plusieurs années, l’école secondaire Xavier à Chuuk, établie par l’évêque jésuite Feeney en 1952 comme petit séminaire, était la seule école de la Compagnie en Micronésie. Elle fut longtemps reconnue comme la meilleure école de la région. Une autre école de la Compagnie, fondée en 1965 par les pères Hugh Costigan et Ed Soucie et appelée Ecole technique et agricole de Ponape (PATS), est la meilleure école professionnelle.

Mais l’activité de la Compagnie ne s’est pas limitée à ces deux écoles. En tant que curés ou responsables de missions, les jésuites ont soutenu directement et indirectement le système scolaire des îles ; ils y ont aussi enseigné, jouant ainsi un rôle de première importance dans le développement d’une éducation catholique de haute valeur dans la région. Cette présence jésuite de longue date dans les écoles n’appartenant pas à la Compagnie prit une nouvelle orientation l’année passée avec la nomination du père Jim Croghan au poste de responsable de toutes les écoles catholiques en Micronésie. Le père Croghan était directeur et principal de l’école secondaire à Chuuk de 1990 à 1995.

Depuis plusieurs années, les administrateurs des écoles catholiques en Micronésie étaient à la recherche de quelqu’un qui s’occuperait à plein temps de coordonner la formation des enseignants et les programmes d’études de leurs écoles primaires et secondaires. En 1993, les écoles de la Micronésie adoptèrent le "Programme de pédagogie ignatienne" (PPI) comme guide de leur renouveau. Le choix de ce programme (rebaptisé du nom de "Programme de pédagogie catholique" ou PPC) a unifié les programme d’études et la formation des enseignants. Inspirées par le document de 1986 sur les "Caractéristiques de l’éducation jésuite", les écoles cherchent maintenant à spécifier leurs objectifs selon les situations particulières de chacune d’elles.

Toutes les écoles font face à de nombreux problèmes. De grandeur plutôt réduite et isolée sur sa petite île dans le Pacifique, chaque école est constamment à la recherche de solutions à la pénurie d’enseignants et d’argent. La Compagnie ne peut pas répondre à tous les besoins. On ne le lui demande d’ailleurs pas. L’aide qu’elle apporte constitue pour nous un nouveau type d’apostolat en éducation.

La tâche entraîne beaucoup de déplacements d’une île à l’autre et exige une attention spéciale aux besoins et particularités de chaque école. A l’école primaire St Mary’s de Yap, il fallut consacrer une semaine entière à observer les enseignants dans chaque classe à la suite d’une session de quatre jours sur le Modèle ignatien de pédagogie (MIP). L’école catholique de Pohnpei tint un séminaire de trois jours réunissant les enseignants, les parents, les conseillers et les élèves pour revoir l’orientation de l’école. Les enseignants de l’école de l’Assomption à Majuro se réunirent à plusieurs reprises après les classes pour examiner le manque de sérieux et de discipline des élèves.

La Compagnie soutient ainsi une oeuvre qui est tout entière service et appui. Cela exige de nous une attitude d’écoute et une disponibilité à offrir aux écoles l’aide qui est demandée en vue de mieux réaliser le chemin qu’elles se sont elles-mêmes tracé. Le Programme de pédagogie ignatienne fournit les lignes directrices pour un cheminement en commun. C’est un nouveau rôle pour l’auteur de ces lignes, qui a été pendant cinq ans la force dirigeante (les uns ont parlé d’une dictature mitigée) de l’école secondaire Xavier. On rappelle la remarque d’une étudiante de neuvième, "Je crains le père Jim plus que je crains Dieu !" Ce jésuite cherche à s’adapter aux nouvelles circonstances de l’apostolat de la Compagnie en Micronésie selon l’esprit de la dernière Congrégation générale.

James Croghan, S.J. Traduction de Jerôme Gagnier, S.J. Photographie : Le principal, M. Félix Okabe (à gauche) de l’école catholique à Palau, présente au Père J. Croghan un certificat en reconnaissance de sa contribution à l’atelier sur l’éducation.

Mexique : Chiapas UNE PAROISSE JéSUITE AU SERVICES DES INDIGéNES PERS

Quelqu’un est en vie ici ? criait une catéchiste de la paroisse de San Pedro Chenalho, confronté au triste spectacle des corps massacrés é Alteal, le 22 décembre 1997, é la tombée de la nuit. Cette interrogation angoissée allait recevoir un écho par toute la planéte, depuis les hauteurs du Chiapas, au Mexique, jusque dans les cinq continents.

Deux jours aprés le génocide, les premiers Jésuites arrivaient dans la communauté indigéne d’Acteal, campement de réfugiés internes. Le 25 décembre, ils concélébraient l’eucharistie des funérailles, présidée par Mgr Samuel Ruiz, aujourd’hui évéque émérite, qui a déclaré que ce Noél était le plus triste de sa vie. Bilan de la tuerie : 20 femmes, 9 hommes et 16 adolescents et enfants. On les a abattus froidement aprés les avoir assiégés pendant sept heures dans la chapelle catholique oé ils jeénaient et priaient.

Dans la communauté de San Pedro d’Acteal, l’évangélisation inculturée produisait des résultats intéressants. Promue dans tout le diocése de San Cristobal de Las Casas, elle porte un grand respect é la culture et aux valeurs du peuple maya. L’engagement au nom de la foi chrétienne est visible de bien des faéons : promotion de la santé, coopératives d’alimentation, de culture du café et d’artisanat, catéchistes, ministres extraordinaires de la communion, diacres permanents et promoteurs des droits de la personne. Cette action pastorale et évangélisatrice s’inspire de Vatican II et du dynamisme des Conférences de l’épiscopat latino-américain.

Les routes menant au nord et é l’est du pays convergent é Chenalho, ce qui fait que l’endroit est considéré comme point stratégique important dans la lutte pour le contréle militaire des indigénes vivant dans une pauvreté extréme. En 1992, c’est dans cette méme paroisse de San Pedro qu’était née l’organisation sociale pacifiste, appelée Les Abeilles ; son but premier était de dénoncer l’injustice faite é une femme engagée dans un conflit de terrains et de faire libérer des prisonniers innocents. Initiative d’un groupe de catéchistes, Les Abeilles était le fruit de leur conscientisation nourrie é la lumiére de la Parole de Dieu.

En raison d’options politiques diverses, la communauté paroissiale s’est alors trouvée divisée face é l’affirmation de ses droits et é la lutte pour sortir de la marginalisation sociale. Dans la paroisse de San Pedro, ce conflit s’est aggravé davantage vers la fin de 1997 avec la déportation de prés de dix mille cinq cents personnes, soit un tiers de sa population, et la violence toujours grandissante des groupes paramilitaires. Le pére Mario Lapez Barrio, s.j., alors Provincial du Mexique, a offert é l’évéque et au diocése de San Cristobal de Las Casas l’appui de la Compagnie de Jésus qui s’est concrétisé par l’envoi de trois Jésuites. Les Jésuites ont soutenu les différents processus (humain, juridique et économique) déjé en place pour faire face é la situation d’urgence ; il faut signaler ici la solidarité de tant de personnes et d’organisations comme le Centro de Derechos Humanos Fray Bartolomé de Las Casas, la Croix-Rouge internationale et les médecins du Monde-France.

L’équipe pastorale de Chenalho a vite décelé le besoin urgent d’écoles adaptées é la culture indigéne pour les enfants des familles des deux mille déportés. En dépit de la situation sociopolitique difficile, le projet éducatif a vu le jour et est venu s’ajouter aux autres activités déjé offertes par la paroisse. Dés les débuts, ce projet d’écoles a suscité l’enthousiasme des bénévoles laéques et des jeunes indigénes eux-mémes. Comme élément important pour souligner l’éuvre accomplie jusqu’ici dans cette paroisse, il convient de mentionner les ateliers d’analyse de la réalité, indispensables dans une situation aussi complexe ; Cesar Octavio Palacios, s.j., de l’ethnie huichole, le seul Jésuite indigéne de la Province mexicaine, en est l’assistant et le conseiller. Prés d’une centaine de laécs de la paroisse de Chenalho et de la mission de Bachajén ont grandement tiré profit des ateliers mayas de développement humain offerts par l’Institut centroaméricain de spiritualité (ICE) de l’Université Rafael Landivar de Guatemala (campus Cefas). L’oeuvre d’évangélisation dans cette paroisse de San Pedro est multiforme : préparation des candidats indigénes au diaconat permanent, publication des textes : traduits en langue tzotzile, planification pastorale, apostolat auprés de la jeunesse avec le concours de deux jeunes jésuites en régence, Conrado Zepeda et Martin McIntosh.

La spiritualité ignatienne a enrichi cette communauté paroissiale, en lui faisant parcourir le chemin d’Ignace. C’est ainsi que des personnes égées, des adultes, des jeunes, tous serviteurs du peuple de Dieu, et méme des enfants ont vécu avec profit les Exercices spirituels. On sent que Dieu est é l’oeuvre ; l’indigéne n’hésite pas é partager son expérience é divers niveaux : la religiosité populaire, l’interprétation des songes, la danse, la musique traditionnelle, le langage et le coloris symbolique des costumes régionaux. Le sang versé é Acteal a produit plus de vie que de mort. "Ils ont arraché nos fleurs, ils ont arraché nos fruits, ils ont arraché nos branches, mais ils n’ont pas réussi é arracher nos racines", disent les poétes mayas. Les Jésuites ont reéu comme une gréce la mission de consoler ces dépossédés, -ces souffrants- chez qui resplendit de faéon merveilleuse l’engagement au nom de la foi chrétienne. La foi des indigénes trouve aujourd’hui é Acteal la force de répondre é l’angoissante question du droit é la vie dans la population indigéne du Mexique comme chez tant d’autres minorités marginalisées.

Extraits de léarticle dePedro H. Arriaga Alarcén, SI traduction de Louis-Bertrand Raymond, SI Paru dans léannuaire de la Compagnie de Jésus 2004 Photos Eduardo Verdugo

Paraguay

QUELQUE CHOSE DE NOUVEAU EST EN TRAIN DE NAîTRE PARMI LES RUINES JéSUITES DU PARAGUAY

Trente villages connus comme étant les Réductions jésuites du Paraguay se formèrent grâce à l’une des expériences missionnaires les plus audacieuses dans le sud de l’Amérique latine, oeuvre de la Compagnie de Jésus parmi les indigènes guaranis entre 1609 et 1769. Après l’expulsion des jésuites, l’administration de ces villages fut prise par la couronne d’Espagne. Les ruines qui restent ne sont plus que les cendres de ce qui fut un temps un foyer vigoureux et resplendissant.

Des trente villages, huit sont dans l’actuel territoire du Paraguay de petits centres urbains, certains construits à côté des ruines, d’autres s’étendant sur les restes d’une ancienne réduction. Les paroisses de San Ignacio Guasù, Santa Maria, Santa Rosa et San Patricio appartiennent à cette dernière catégorie et sont aujourd’hui sous la responsabilité pastorale des jésuites de la Province du Paraguay…

Ces paroisses font partie du diocèse de Saint-Jean-Baptiste des Missions, diocèse au sein duquel les jésuites ont historiquement joué un rôle important pour la pastorale. Dans les décennies ’60 et ’70, ils ont été les principaux animateurs des "Ligues Agraires Chrétiennes". Des Missions, les Ligues se sont étendues à diverses zones rurales continuellement harcelées par la dictature militaire d’Alfredo Stroessner ; elles furent démantelées par la persécution sanglante de 1976. Beaucoup de paysans connurent alors la prison, la torture et la mort ; et quelques-uns des 14 jésuites furent expulsés.

Héritant de ce message prophétique, le diocèse cherche aujourd’hui de nouvelles formules. Ainsi le Plan Pastoral Diocésain pour 1995-2005 veut prendre particulièrement au sérieux "la formation de communautés chrétiennes vivantes et dynamiques, engagées dans une inculturation de l’évangile et de la foi afin d’affermir parmi nous le Royaume de Dieu". La première de toutes les Réductions, San Ignacio Guasù, a été fondée en 1609 par les jésuites Marcial de Lorenzana et Francisco de San Martin, à la demande d’Arapysandù, cacique guarani de la zone. En 1767, peu avant l’expulsion des jésuites, y vivaient environ 2000 indigènes ; aujourd’hui s’y trouve une population métisse de 24 000 habitants.

Le travail le plus important de cette paroisse est la formation de petites communautés vivantes, dynamique et solidaires. Ces communautés se sont constituées à partir d’une formation sérieuse et continue à la Parole de Dieu. Les communautés sont des groupes plus on moins grands qui se réunissent chaque semaine pour lire la Parole de Dieu, réfléchir sur celle-ci et la prier, puis, à partir de là, se demander ce que Dieu veut de chacun.

Nous qui accompagnons la formation permanente de ces communautés, nous nous sentons sans cesse réconfortés en remarquant que ces groupes sont des espaces desquels naissent et grandissent é la fois une vraie solidarité et un engagement chrétien. La responsabilité directe du chemin que doivent suivre les communautés est à la charge des animateurs, si bien que le travail des religieux est essentiellement de les soutenir dans ce service. Le travail paroissial de San Ignacio repose sur un équipe apostolique comprenant quatre jésuites (trois prêtres et un scolastique), six Missionnaires de Saint-Joseph (laïques consacrées) travaillant à temps complet pour les oeuvres de la paroisse, et trois Soeurs de Saint-Vincent de Zagreb. Le conseil pastoral de la paroisse jouit de la participation active des animateurs des communautés.

Les paroisses de Santa Maria, de Santa Rosa et de San Patricio sont animées par une Communauté Apostolique comprenant quatre jésuites, quatorze religieuses de la Compagnie de Marie, trois Missionnaires de l’Immaculée-Conception et trois Auxiliaires des Exercices Spirituels. Cette communauté est chargée de la formation de plus de 300 laïcs, qui sont eux-mêmes les principaux animateurs des Communautés chrétiennes. La conversion, la marche à la suite du Christ, la Communauté apostolique de formation, l’inculturation et le discernement : tels sont les cinq points qui caractérisent la route suivie par tous. Les Exercices Spirituels de saint Ignace constituent l’expérience fondamentale de la vie et de la mission de la Communauté Apostolique. Cette expérience est elle-même vécue progressivement par les animateurs des Communautés chrétiennes.

La communauté apostolique ouvre des chemins dans son processus de partage de la mission et de la vie et elle propose aux autres ce qu’elle a incarné elle-même. Il s’agit d’un processus ouvert, dans lequel les animateurs laïcs sont de plus en plus présents ; ainsi, avec la communauté religieuse, ils forment un "groupe de discernement" se réunissant périodiquement pour saisir les signes vitaux de l’Esprit sur le chemin parcouru, pour chercher à répondre ensemble aux besoins des communautés et pour donner forme à ce que l’on découvre comme étant des chemins pour vivre le foi dans ce contexte.

Faire progresser un peuple dans ses différentes dimensions est ce que vise le projet pastoral. Il n’est pas facile de passer du modèle d’une église dans laquelle le prêtre et les religieuses ont la première place à une église animée aussi par les laïcs ; d’une église centrée sur les sacrements à une église cherchant comme fondement de ceux-ci une expérience chrétienne ; d’une religiosité centrée sur des prières et des dévotions à une expérience renouvelée, conformément à Vatican II, annonçant écoute communautaire et écoute priante de la Parole de Dieu. Les animateurs des communautés chrétiennes paient pour cela le lourd prix d’une incompréhension qui leur fait vivre dans leur chair même la résistance à cette nouvelle manière de cheminer ; mais ils assument avec joies les incompréhensions et les persécutions qui surviennent en raison de leur engagement à suivre le Christ.

Une chanson beaucoup chantée dans les communautés chrétiennes exprime bien la nouveauté qui fleurit au milieu des vieilles pierres des ruines jésuites : "Nous le disons, nous le chantons, quelque chose de beau est en train de naître, ici-bas, parmi les pauvres, dans le coeur du peuple. Au prix de la sueur et du sacrifice, au prix du martyre, de la lutte et du rêve, quelque chose de nouveau, très ancien est là qui danse, qui chante et qui prie". Extraits de

Nery Gomez, S.J. et Alberto Luna, S.J. Traduction d’Antoine Lauras, S.J.

Inde Quand un Jésuite danse

Le Pére Saju George (né en : 1965) appartient é la province de Kolkata. Il est : danseur professionel. Sa thése de doctorat, préparée sous la direction : du Pére Anand Amaladass de l’université de Madras, a pour titre : Les bases religieuses de la danse indienne. Comment un prétre et un jésuite peut-il étre danseur ? Le Pére Saju s’explique ainsi : la danse classique indienne est une expression de l’héritage religieux et philosophique de l’Inde. Elle implique tout l’étre, corps et éme, et est considérée comme une forme de priére. La plus ancienne tradition la peréoit méme comme une voie vers le salut (Sadhana). L’éme trouve en elle un moyen de réaliser son désir d’union avec l’Universel.

Le Pére Saju s’inspire de la parole de Saint Paul, "Votre corps est un temple du Saint Esprit… Glorifiez donc Dieu dans votre corps" (1 Cor 6, 19-20). Par la danse, le Pére Saju laisse son corps rendre gloire au Seigneur ressuscité. Il en fait une priére :

Toi qui es auteur de toute beauté et de tout bien, fais que je puisse t’aimer et te glorifier éternellement. Que mon corps refléte ta gréce divine. Permets-moi, Seigneur de la danse, d’ajuster mes gestes é ta mesure, de danser sans cesse avec toi dans une intimité croissante. Par ta résurrection, tu reléves la personne déchue. Que ma danse soit une expression de joie. Je veux répéter sans cesse ta parole, "Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimé," jusqu’au moment oé  : j’entrerai en scéne pour danser avec toi éternellement.

Le Christ est ressuscité Alléluia !

La danse, qu’elle soit le ballet occidental ou la chorégraphie classique indienne, requiert une : grande maétrise du corps. Le danseur indien doit étre aussi maétre de la mime. Il doit pouvoir rendre sur son visage neuf émotions et reproduire avec ses mains des décennies de gestes. La danse occidentale entraéne le corps dans un mouvement harmonieux spatial, tandis que la danse classique indienne raconte une histoire par des expressions du visage et des postures et des gestes transmis par la tradition.

Comme le murmure d’une fléte,ainsi Dieu nous parle é l’oreille

Le répertoire du Pére Saju inclut par exemple le Notre Pére, la Sainte Trinité, le Christ ressuscité, le Vierge Marie, Jésus guérisseur, des Psaumes. Il cherche é susciter chez les spectateurs des émotions, telles que la joie, la peine, le désir. S’ils sont proprement disposés, ils arriveront é partager les sentiments mémes de Dieu. Il ne s’agit pas tant de vivre une émotion que de se perdre dans une forme universelle et transcendante d’existence que l’on peut qualifier de mysticisme.

La vocation du Pére Saju é la prétrise et é la danse trouve sa source dans sa famille. Il tient sa foi de ses parents et son amour de la danse de sa soeur, elle-méme danseuse professionnelle. En lui, la prétrise et la danse s’accommodent . bien. Le décret Notre mission et la culture de la 34éme Congrégation Générale dans lequel sont citées les paroles de Paul VI

(Evangelii Nuntiandi, 20),"Le fossé entre l’Evangile et la culture est sans doute le drame de notre temps", le confirme dans l’orientation de sa vie. Le Pére Saju se référe volontiers : aux jésuites franéais pionniers du ballet classique é la cours de Louis XIV. Le Pére Claude-Franéois Menestrier (1631-1705) s’intéressa é la théorie et é la technique du ballet. Il développa l’art critique de la danse. Certains jésuites cherchérent comment présenter un enseignement spirituel et moral par la danse.

Devant la nouvelle culture globale et les développements rapides des moyens de communication, les langues et les cultures traditionnelles se sentent menacées. Il revient aux églises locales de contribuer é en assurer la survie. Le Pére Saju fait remarquer qu’il n’en fut pas toujours ainsi :

Sous l’influence d’une autorité : ecclésiastique étrangére, l’Eglise des : débuts en Inde fit peu de place dans : ses rites aux arts locaux comme la ’ danse et la musique. Depuis quelques années, un changement d’attitude s’est manifesté. On utilise les vernaculaires pour la messe. La danse joue un réle de plus en plus important dans les célébrations communautaires. Il est bon de retenir que, selon la tradition, les arts du spectacle en Inde ont une origine religieuse, témoin le traété Natyasastra de Bharata, allant de 200 avant é 200 aprés Jésus-Christ, plus ou moins contemporain des Poétiques d’Aristote.

Un prétre peut-il témoigner de sa foi en Jésus-Christ é travers une expression artistique hindou ? Le Pére Saju n’y voit aucun probléme : "La danse est un art universel. Elle me remplit de paix et de joie. Elle me met en communion avec mon entourage, sans que d’aucune faéon je trahisse ma propre foi. Je reste uni é Jésus-Christ par qui je vais é Dieu. étant dans le Christ et le Christ étant en moi, je suis en Dieu et Dieu est en moi. Jésus-Christ est le theanthropos, Dieu fait homme. Il s’est totalement anéanti pour venir parmi nous. Comme compagnon de Jésus, je m’unis par la danse é mes .fréres et soeurs de toute croyance, les moins fortunés et les moins aimés, pour les mener é la connaissance et l’adoration de Dieu."

Que le Pére Saju se manifeste devant le grand public ou é l’église, il glorifie la Trinité vivant en lui.

Gaston Roberge, S.J. traduction de Jéréme Gagnier, S.J.

LES JéSUITES EN SYRIE

Au sud d’Antioche oé fut donné le nom de chrétiens aux premiers disciples du Christ, commence le territoire de la Syrie. En descendant vers le sud (environ 500 km) é travers une alternance de terrains fertiles et d’étendues désertiques vous arrivez sur les hauteurs qui dominent la Galilée. La Syrie est un pays arabe é majorité musulmane. Au milieu de ses 15 millions d’habitants vivent un peu plus d’un million de chrétiens orientaux, orthodoxes, catholiques et protestants. Ils appartiennent é ces églises qui tirent leur origine des premiéres communautés chrétiennes qui depuis Jérusalem se répandirent d’abord vers Antioche puis plus au nord vers l’Arménie et vers l’Est dans la région de l’ancienne Babylone. Les dénominations actuelles de ces communautés nous raménent plus ou moins directement é ce passé lointain. Syriaques, Melkites, Chaldéens, Maronites, Arméniens sont donc les chrétiens d’aujourd’hui. L’évéque chaldéen de Syrie est actuellement un jésuite, il a son siége é Alep. Damas la capitale peut s’enorgueillir d’avoir été témoin de la conversion de Saint Paul. lieu de passage de plus d’une invasion dans le passé, le présent reste marqué par les tensions liées é cette position stratégique, n’oublions pas qu’une bonne partie du pétrole irakien traverse la Syrie. Depuis 1963 un parti laéc (le baas) domine le visage politique du pays. Un premier groupe de compagnons européens rapidement rejoints par des vocations locales avait déjé travaillé en Syrie de 1625 é 1774, les voyages continuels é dos de mulet pour aider les communautés chrétiennes dispersées ne les effrayaient pas, ils ont méme rayonné jusqu’en Egypte. En 1872 la nouvelle compagnie s’implante de nouveau é Damas et é Alep en 1873. Depuis cette date jusqu’é nos jours les jésuites sont restés présents en Syrie, la collaboration avec les prétres des différents rites et les religieuses, plus particuliérement par les prédications dans les villages ainsi que les visites d’écoles occupent la plus grande partie de leur vie, plutét itinérante, avec aussi la création d’écoles proprement jésuites.

La nationalisation de l’enseignement, il y a un certain nombre d’années, fait qu’é l’heure actuelle il n’y a pas vraiment d’institutions jésuites qui permettent un contact direct avec l’ensemble de la population, Péres et Fréres travaillent essentiellement avec les communautés chrétiennes et plus particuliérement avec les jeunes é l’Université ou dans les premiéres années d’insertion professionnelle. En 1997, 13 jésuites répartis dans trois villes (Alep, Damas et Homs) sont présents dans la région de Syrie qui fait partie de la Province de Proche-Orient, 10 sont syriens de nationalité. Le nombre des jésuites syriens s’élévent é une vingtaine dont 5 en formation et 5 au service de la Compagnie dans un autre pays. Compte tenu du nombre de catholiques cela représente un bon groupe mais évidemment une petite goutte d’eau dans l’océan humain qui les entoure. La formation théologique et spirituelle est un point fort de leur travail. La responsabilité de la catéchése leur a été confiée par la hiérarchie, des centres de formation catéchétique permettent de relayer tous les efforts faits dans ce sens. Un enseignement théologique a aussi été organisé pour des laécs. La formation spirituelle ne laisse de cété aucune catégorie : prétres, religieuses, jeunes, adultes, foyers, résidents polonais aussi bénéficient de cet effort. Si l’accompagnement revét des formes classiques il peut aussi s’appuyer sur la psychothérapie, la musique ou méme des "marches", exigeantes corporellement, permettant é des groupes extrémement variés de faire une expérience spirituelle forte. Des groupes CVX se créent et la plupart des l’éres s’y trouvent assez engagés. "La Flamme", organisme de création jésuite déjé ancien, permet un mouvement de solidarité entre les chrétiens des villes et les paroisses démunies des villages qui sont ainsi aidées financiérement et spirituellement. Des prétres y vont parfois assurer le service religieux, tandis que des volontaires laécs consacrent de leur temps et de leur compétence é l’enseignement catéchétique et au développement. L’aide aux handicapés et é leurs familles a aussi une bonne place par le biais du mouvement "Foi et Lumiére" oé plusieurs se donnent. Une telle variété d’activités n’est possible que gréce é la collaboration d’autres religieux et religieuses.

Dans la banlieue populaire de Homs, suite é une présence plus ancienne de Religieuses et de Péres, a été créé en 1975 dans un quartier nouveau é l’époque un centre paroissial avec des volets éducatif, culturel, sportif et religieux. Depuis plus de vingt ans le centre n’a cessé de se développer créent de nouvelles activités suivant les besoins. Il y a vraiment une symbiose entre le quartier et le centre qui sont nés ensemble et ont grandi céte é céte. Il y a lé une véritable institution sociale au service des populations féminines et masculines en collaboration étroite avec des religieuses. Pratiquement la seule véritable institution jésuite de Syrie, elle marque bien le sens de l’effort de formation totale souhaitée par les Péres et l’esprit de service vécu avec les laécs, les religieuses et la hiérarchie. Il ne faut pas conclure sans indiquer le travail proprement oecuménique qui est fortement soutenu par l’un ou l’autre de nos Péres mais aussi par le souci dans le plupart des activités de tenir compte de cet aspect au niveau individuel ou collectif. Le méme souci d’ouverture existe pour le monde musulman. Des conférences organisées é Alep et é Damas sur des sujets variés et par des conférenciers de tous les horizons permettent de concrétiser cette ouverture dans le souci d’une formation humaine la plus globale possible. Dans ce vaste pays, fortement lié au monde arabo-musulman par son passé et son présent, rien de bien visible extérieurement, sinon un petit groupe de compagnons qui essayent de témoigner de l’amour de Dieu.

Pierre Courel, S.J. avec la collaboration des jésuites de Syrie