Les Jésuites de la Province de Belgique Méridionale et du Luxembourg (BML)

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Jésuites dans le monde

23 septembre 2010

Jésuites dans le monde

Océan Pacifique

Mexique

Paraguay

Inde

Syrie

Survol de la Compagnie de Jésus dans le monde.

Née en Europe, la Compagnie
de Jésus s’est élargie aux dimensions du monde. Ses 85 Provinces
où travaillent 20.000 jésuites (En 2004 nous sommes 14.000 prêtres,
2.000 frères et 1.000 novices et 3000 étudiants) se répartissent
sur tous les continents.

Les jésuites désirent être serviteurs de la mission du Christ
partout et pour tous les ministéres utiles é la vie
de l’Eglise. Les besoins les plus grands ou les plus urgents, la recherche des
services favorisant un bien plus universel ont amené les jésuites é s’investir
dans une grande variété de travaux. Voici quelques petits
exemples

Océan Pacifique

UN SERVICE AUX ECOLES DANS L’ARCHIPEL DES CAROLINES

Les dix écoles primaires et
les sept écoles secondaires qui sont groupées sous le titre ’Ecoles
catholiques de la Micronésie’ se trouvent sur huit îles dans une
aire de cinq millions de kilomètres carrée de l’océan Pacifique
central et occidental. Elles vont de la plus petite, l’école Notre Dame
de la Merci sur l’île de Pohnpei offrant un enseignement technique à
51 élèves, jusqu’à la plus grande sur l’île de Chuuk,
l’école primaire Ste Cécile avec 725 enfants. Ces écoles
sont régies par différentes formes d’administration et affichent
une variété de buts et d’affiliations. Les unes se disent écoles
paroissiales, d’autres dépendent d’un vicariat, d’un diocèse ou
de la Compagnie de Jésus. Toutes assurent un enseignement académique
et technique à des élèves catholiques et non-catholiques
de trois pays, à savoir les Républiques de Palau et des îles
Marshall et les Etats Fédérés de Micronésie, et
de deux circonscriptions ecclésiastiques, le diocèse des îles
Carolines et la préfecture apostolique des îles Marshall. Malgré
les distances qui les séparent et leur diversité de fonctions,
elles ont été regroupées ces dernières années
avec une visée commune. Les jésuites en collaboration avec de
nombreux collègues ont joué un rôle important dans la réalisation
de ce projet.

Pendant plusieurs années,
l’école secondaire Xavier à Chuuk, établie par l’évêque
jésuite Feeney en 1952 comme petit séminaire, était la
seule école de la Compagnie en Micronésie. Elle fut longtemps
reconnue comme la meilleure école de la région. Une autre école
de la Compagnie, fondée en 1965 par les pères Hugh Costigan et
Ed Soucie et appelée Ecole technique et agricole de Ponape (PATS), est
la meilleure école professionnelle.

Mais l’activité de la Compagnie
ne s’est pas limitée à ces deux écoles. En tant que curés
ou responsables de missions, les jésuites ont soutenu directement et
indirectement le système scolaire des îles ; ils y ont aussi enseigné,
jouant ainsi un rôle de première importance dans le développement
d’une éducation catholique de haute valeur dans la région. Cette
présence jésuite de longue date dans les écoles n’appartenant
pas à la Compagnie prit une nouvelle orientation l’année passée
avec la nomination du père Jim Croghan au poste de responsable de toutes
les écoles catholiques en Micronésie. Le père Croghan était
directeur et principal de l’école secondaire à Chuuk de 1990 à
1995.

Depuis plusieurs années, les
administrateurs des écoles catholiques en Micronésie étaient
à la recherche de quelqu’un qui s’occuperait à plein temps de
coordonner la formation des enseignants et les programmes d’études de
leurs écoles primaires et secondaires. En 1993, les écoles de
la Micronésie adoptèrent le "Programme de pédagogie
ignatienne" (PPI) comme guide de leur renouveau. Le choix de ce programme
(rebaptisé du nom de "Programme de pédagogie catholique"
ou PPC) a unifié les programme d’études et la formation des enseignants.
Inspirées par le document de 1986 sur les "Caractéristiques
de l’éducation jésuite", les écoles cherchent maintenant
à spécifier leurs objectifs selon les situations particulières
de chacune d’elles.

Toutes les écoles font face
à de nombreux problèmes. De grandeur plutôt réduite
et isolée sur sa petite île dans le Pacifique, chaque école
est constamment à la recherche de solutions à la pénurie
d’enseignants et d’argent. La Compagnie ne peut pas répondre à
tous les besoins. On ne le lui demande d’ailleurs pas. L’aide qu’elle apporte
constitue pour nous un nouveau type d’apostolat en éducation.

La tâche entraîne beaucoup
de déplacements d’une île à l’autre et exige une attention
spéciale aux besoins et particularités de chaque école.
A l’école primaire St Mary’s de Yap, il fallut consacrer une semaine
entière à observer les enseignants dans chaque classe à
la suite d’une session de quatre jours sur le Modèle ignatien de pédagogie
(MIP). L’école catholique de Pohnpei tint un séminaire de trois
jours réunissant les enseignants, les parents, les conseillers et les
élèves pour revoir l’orientation de l’école. Les enseignants
de l’école de l’Assomption à Majuro se réunirent à
plusieurs reprises après les classes pour examiner le manque de sérieux
et de discipline des élèves.

La Compagnie soutient ainsi une oeuvre
qui est tout entière service et appui. Cela exige de nous une attitude
d’écoute et une disponibilité à offrir aux écoles
l’aide qui est demandée en vue de mieux réaliser le chemin qu’elles
se sont elles-mêmes tracé. Le Programme de pédagogie ignatienne
fournit les lignes directrices pour un cheminement en commun. C’est un nouveau
rôle pour l’auteur de ces lignes, qui a été pendant cinq
ans la force dirigeante (les uns ont parlé d’une dictature mitigée)
de l’école secondaire Xavier. On rappelle la remarque d’une étudiante
de neuvième, "Je crains le père Jim plus que je crains Dieu !"
Ce jésuite cherche à s’adapter aux nouvelles circonstances de
l’apostolat de la Compagnie en Micronésie selon l’esprit de la dernière
Congrégation générale.

James Croghan, S.J.
Traduction de Jerôme Gagnier, S.J.
Photographie : Le principal, M. Félix Okabe (à gauche) de
l’école catholique à Palau, présente au Père
J. Croghan un certificat en reconnaissance de sa contribution à
l’atelier sur l’éducation.

Mexique : Chiapas
UNE
PAROISSE JéSUITE
AU SERVICES DES INDIGéNES PERS

Quelqu’un est
en vie ici ? criait une catéchiste de la paroisse de San Pedro Chenalho,
confronté au triste spectacle des corps massacrés é Alteal, le 22 décembre 1997,
é la tombée de la nuit. Cette interrogation angoissée allait recevoir un écho
par toute la planéte, depuis les hauteurs du Chiapas, au Mexique, jusque dans
les cinq continents.

Deux jours aprés le génocide, les premiers Jésuites arrivaient dans la communauté indigéne
d’Acteal, campement de réfugiés internes. Le 25 décembre, ils concélébraient
l’eucharistie des funérailles, présidée par Mgr Samuel Ruiz, aujourd’hui évéque
émérite, qui a déclaré que ce Noél était le plus triste de sa vie. Bilan de la
tuerie : 20 femmes, 9 hommes et 16 adolescents et enfants. On les a abattus
froidement aprés les avoir assiégés pendant sept heures dans la chapelle
catholique oé ils jeénaient et priaient.

Dans la
communauté de San Pedro d’Acteal, l’évangélisation inculturée produisait des
résultats intéressants. Promue dans tout le diocése de San Cristobal de Las
Casas, elle porte un grand respect é la culture et aux valeurs du peuple maya.
L’engagement au nom de la foi chrétienne est visible de bien des faéons :
promotion de la santé, coopératives d’alimentation, de culture du café et
d’artisanat, catéchistes, ministres extraordinaires de la communion, diacres
permanents et promoteurs des droits de la personne. Cette action pastorale et
évangélisatrice s’inspire de Vatican II et du dynamisme des Conférences de
l’épiscopat latino-américain.

Les routes menant au nord et é l’est du pays convergent é Chenalho, ce qui fait
que l’endroit est considéré comme point stratégique important dans la lutte pour
le contréle militaire des indigénes vivant dans une pauvreté extréme. En 1992, c’est
dans cette méme paroisse de San Pedro qu’était née l’organisation sociale
pacifiste, appelée Les Abeilles ; son but premier était de dénoncer
l’injustice faite é une femme engagée dans un conflit de terrains et de faire
libérer des prisonniers innocents. Initiative d’un groupe de catéchistes, Les
Abeilles
était le fruit de leur conscientisation nourrie é la lumiére de la
Parole de Dieu.

En raison d’options
politiques diverses, la communauté paroissiale s’est alors trouvée divisée face
é l’affirmation de ses droits et é la lutte pour sortir de la marginalisation
sociale. Dans la paroisse de San Pedro, ce conflit s’est aggravé davantage vers
la fin de 1997 avec la déportation de prés de dix mille cinq cents personnes,
soit un tiers de sa population, et la violence toujours grandissante des groupes
paramilitaires.
Le pére Mario
Lapez Barrio, s.j., alors Provincial du Mexique, a offert é l’évéque et au
diocése de San Cristobal de Las Casas l’appui de la Compagnie de Jésus qui s’est
concrétisé par l’envoi de trois Jésuites. Les Jésuites ont soutenu les
différents processus (humain, juridique et économique) déjé en place pour faire
face é la situation d’urgence ; il faut signaler ici la solidarité de tant de
personnes et d’organisations comme le Centro de Derechos Humanos Fray Bartolomé
de Las Casas, la Croix-Rouge internationale et les médecins du Monde-France.

L’équipe
pastorale de Chenalho a vite décelé le besoin urgent d’écoles adaptées é la
culture indigéne pour les enfants des familles des deux mille déportés. En dépit
de la situation sociopolitique difficile, le projet éducatif a vu le jour et est
venu s’ajouter aux autres activités déjé offertes par la paroisse. Dés les
débuts, ce projet d’écoles a suscité l’enthousiasme des bénévoles laéques et des
jeunes indigénes eux-mémes.
Comme élément
important pour souligner l’éuvre accomplie jusqu’ici dans cette paroisse, il
convient de mentionner les ateliers d’analyse de la réalité, indispensables dans
une situation aussi complexe ; Cesar Octavio Palacios, s.j., de l’ethnie
huichole, le seul Jésuite indigéne de la Province mexicaine, en est l’assistant
et le conseiller. Prés d’une centaine de laécs de la paroisse de Chenalho et de
la mission de Bachajén ont grandement tiré profit des ateliers mayas de
développement humain offerts par l’Institut centroaméricain de spiritualité
(ICE) de l’Université Rafael Landivar de Guatemala (campus Cefas).
L’oeuvre
d’évangélisation dans cette paroisse de San Pedro est multiforme : préparation
des candidats indigénes au diaconat permanent, publication des textes : traduits
en langue tzotzile, planification pastorale, apostolat auprés de la jeunesse
avec le concours de deux jeunes jésuites en régence, Conrado Zepeda et Martin
McIntosh.


La
spiritualité ignatienne a enrichi cette communauté paroissiale, en lui faisant
parcourir le chemin d’Ignace. C’est ainsi que des personnes égées, des adultes,
des jeunes, tous serviteurs du peuple de Dieu, et méme des enfants ont vécu avec
profit les Exercices spirituels. On sent que Dieu est é l’oeuvre ; l’indigéne
n’hésite pas é partager son expérience é divers niveaux : la religiosité
populaire, l’interprétation des songes, la danse, la musique traditionnelle, le
langage et le coloris symbolique des costumes régionaux.
Le sang versé
é Acteal a produit plus de vie que de mort. "Ils ont arraché nos fleurs, ils ont
arraché nos fruits, ils ont arraché nos branches, mais ils n’ont pas réussi é
arracher nos racines", disent les poétes mayas. Les Jésuites ont reéu comme une
gréce la mission de consoler ces dépossédés, -ces souffrants- chez qui
resplendit de faéon merveilleuse l’engagement au nom de la foi chrétienne. La
foi des indigénes trouve aujourd’hui é Acteal la force de répondre é
l’angoissante question du droit é la vie dans la population indigéne du Mexique
comme chez tant d’autres minorités marginalisées.

Extraits de
léarticle dePedro H.
Arriaga Alarcén, SI traduction de Louis-Bertrand Raymond, SI
Paru dans léannuaire de la Compagnie de Jésus 2004
Photos Eduardo Verdugo

Paraguay

QUELQUE CHOSE DE NOUVEAU EST EN TRAIN DE NAîTRE PARMI LES RUINES JéSUITES
DU PARAGUAY

Trente villages connus comme étant
les Réductions jésuites du Paraguay se formèrent grâce
à l’une des expériences missionnaires les plus audacieuses dans
le sud de l’Amérique latine, oeuvre de la Compagnie de Jésus parmi
les indigènes guaranis entre 1609 et 1769. Après l’expulsion des jésuites, l’administration de ces villages
fut prise par la couronne d’Espagne. Les ruines qui restent ne sont plus que
les cendres de ce qui fut un temps un foyer vigoureux et resplendissant.

Des trente villages, huit sont dans l’actuel territoire du Paraguay de petits
centres urbains, certains construits à côté des ruines,
d’autres s’étendant sur les restes d’une ancienne réduction. Les
paroisses de San Ignacio Guasù, Santa Maria, Santa Rosa et San Patricio
appartiennent à cette dernière catégorie et sont aujourd’hui
sous la responsabilité pastorale des jésuites de la Province du
Paraguay...

Ces paroisses font partie du diocèse de Saint-Jean-Baptiste des Missions,
diocèse au sein duquel les jésuites ont historiquement joué
un rôle important pour la pastorale. Dans les décennies ’60 et
’70, ils ont été les principaux animateurs des "Ligues Agraires
Chrétiennes". Des Missions, les Ligues se sont étendues à diverses zones rurales
continuellement harcelées par la dictature militaire d’Alfredo Stroessner ;
elles furent démantelées par la persécution sanglante de
1976. Beaucoup de paysans connurent alors la prison, la torture et la mort ;
et quelques-uns des 14 jésuites furent expulsés.

Héritant de ce message prophétique, le diocèse cherche
aujourd’hui de nouvelles formules. Ainsi le Plan Pastoral Diocésain pour
1995-2005 veut prendre particulièrement au sérieux "la formation
de communautés chrétiennes vivantes et dynamiques, engagées
dans une inculturation de l’évangile et de la foi afin d’affermir parmi
nous le Royaume de Dieu".
La première de toutes les Réductions, San Ignacio Guasù,
a été fondée en 1609 par les jésuites Marcial de
Lorenzana et Francisco de San Martin, à la demande d’Arapysandù,
cacique guarani de la zone. En 1767, peu avant l’expulsion des jésuites,
y vivaient environ 2000 indigènes ; aujourd’hui s’y trouve une population
métisse de 24 000 habitants.

Le travail le plus important de cette
paroisse est la formation de petites communautés vivantes, dynamique
et solidaires. Ces communautés se sont constituées à partir
d’une formation sérieuse et continue à la Parole de Dieu. Les
communautés sont des groupes plus on moins grands qui se réunissent
chaque semaine pour lire la Parole de Dieu, réfléchir sur celle-ci
et la prier, puis, à partir de là, se demander ce que Dieu veut
de chacun.

Nous qui accompagnons la formation permanente de ces communautés, nous nous
sentons sans cesse réconfortés en remarquant que ces groupes sont des espaces
desquels naissent et grandissent é la fois une vraie solidarité et un engagement
chrétien.
La responsabilité directe du chemin que doivent suivre les communautés
est à la charge des animateurs, si bien que le travail des religieux
est essentiellement de les soutenir dans ce service.
Le travail paroissial de San Ignacio repose sur un équipe apostolique
comprenant quatre jésuites (trois prêtres et un scolastique), six
Missionnaires de Saint-Joseph (laïques consacrées) travaillant à
temps complet pour les oeuvres de la paroisse, et trois Soeurs de Saint-Vincent
de Zagreb. Le conseil pastoral de la paroisse jouit de la participation active
des animateurs des communautés.

Les paroisses de Santa Maria, de Santa Rosa et de San Patricio sont animées
par une Communauté Apostolique comprenant quatre jésuites, quatorze
religieuses de la Compagnie de Marie, trois Missionnaires de l’Immaculée-Conception
et trois Auxiliaires des Exercices Spirituels. Cette communauté est chargée
de la formation de plus de 300 laïcs, qui sont eux-mêmes les principaux
animateurs des Communautés chrétiennes. La conversion, la marche
à la suite du Christ, la Communauté apostolique de formation,
l’inculturation et le discernement : tels sont les cinq points qui caractérisent
la route suivie par tous. Les Exercices Spirituels de saint Ignace constituent l’expérience fondamentale
de la vie et de la mission de la Communauté Apostolique. Cette expérience
est elle-même vécue progressivement par les animateurs des Communautés
chrétiennes.

La communauté apostolique ouvre des chemins dans son processus de partage
de la mission et de la vie et elle propose aux autres ce qu’elle a incarné
elle-même. Il s’agit d’un processus ouvert, dans lequel les animateurs
laïcs sont de plus en plus présents ; ainsi, avec la communauté
religieuse, ils forment un "groupe de discernement" se réunissant
périodiquement pour saisir les signes vitaux de l’Esprit sur le chemin
parcouru, pour chercher à répondre ensemble aux besoins des communautés
et pour donner forme à ce que l’on découvre comme étant
des chemins pour vivre le foi dans ce contexte.

Faire progresser un peuple dans ses différentes dimensions est ce que
vise le projet pastoral. Il n’est pas facile de passer du modèle d’une
église dans laquelle le prêtre et les religieuses ont la première
place à une église animée aussi par les laïcs ; d’une
église centrée sur les sacrements à une église cherchant
comme fondement de ceux-ci une expérience chrétienne ; d’une religiosité
centrée sur des prières et des dévotions à une expérience
renouvelée, conformément à Vatican II, annonçant
écoute communautaire et écoute priante de la Parole de Dieu. Les
animateurs des communautés chrétiennes paient pour cela le lourd
prix d’une incompréhension qui leur fait vivre dans leur chair même
la résistance à cette nouvelle manière de cheminer ; mais
ils assument avec joies les incompréhensions et les persécutions
qui surviennent en raison de leur engagement à suivre le Christ.

Une chanson beaucoup chantée dans les communautés chrétiennes
exprime bien la nouveauté qui fleurit au milieu des vieilles pierres
des ruines jésuites : "Nous le disons, nous le chantons, quelque
chose de beau est en train de naître, ici-bas, parmi les pauvres, dans
le coeur du peuple. Au prix de la sueur et du sacrifice, au prix du martyre,
de la lutte et du rêve, quelque chose de nouveau, très ancien est
là qui danse, qui chante et qui prie".
Extraits de

Nery Gomez, S.J. et Alberto Luna, S.J.
Traduction d’Antoine Lauras, S.J.

Inde

Quand un Jésuite danse

Le Pére Saju George (né en : 1965) appartient é la province de Kolkata. Il est :
danseur professionel. Sa thése de doctorat, préparée sous la direction : du Pére
Anand Amaladass de l’université de Madras, a pour titre : Les bases
religieuses de la danse indienne.
Comment un prétre et un jésuite peut-il
étre danseur ? Le Pére Saju s’explique ainsi : la danse classique indienne est
une expression de l’héritage religieux et philosophique de l’Inde. Elle implique
tout l’étre, corps et éme, et est considérée comme une forme de priére.
La plus ancienne tradition la peréoit méme comme une voie vers le salut
(Sadhana). L’éme trouve en elle un moyen de réaliser son désir d’union avec
l’Universel.

Le Pére Saju s’inspire de la parole de Saint Paul, "Votre corps est un temple du
Saint Esprit... Glorifiez donc Dieu dans votre corps" (1 Cor 6, 19-20). Par la
danse, le Pére Saju laisse son corps rendre gloire au Seigneur ressuscité. Il en
fait une priére :

Toi qui es auteur de toute beauté et de tout bien, fais que je puisse t’aimer
et te glorifier éternellement. Que mon corps refléte ta gréce divine.
Permets-moi, Seigneur de la danse, d’ajuster mes gestes é ta mesure, de danser
sans cesse avec toi dans une intimité croissante. Par ta résurrection, tu
reléves la personne déchue. Que ma danse soit une expression de joie. Je veux répéter sans cesse ta parole, "Aimez-vous les uns les autres comme je
vous ai aimé," jusqu’au moment oé
 : j’entrerai en scéne pour danser avec
toi éternellement.


Le Christ est ressuscité Alléluia !

La danse, qu’elle soit le ballet occidental ou la chorégraphie classique
indienne, requiert une : grande maétrise du corps. Le danseur indien doit étre
aussi maétre de la mime. Il doit pouvoir rendre sur son visage neuf émotions et
reproduire avec ses mains des décennies de gestes. La danse occidentale
entraéne le corps dans un mouvement harmonieux spatial, tandis que la danse
classique indienne raconte une histoire par des expressions du visage et des
postures et des gestes transmis par la tradition.

Comme le murmure d’une fléte,ainsi Dieu nous parle é l’oreille

Le répertoire du Pére Saju inclut par exemple le Notre Pére, la Sainte Trinité,
le Christ ressuscité, le Vierge Marie, Jésus guérisseur, des Psaumes. Il cherche
é susciter chez les spectateurs des émotions, telles que la joie, la peine, le
désir. S’ils sont proprement disposés, ils arriveront é partager les sentiments
mémes de Dieu. Il ne s’agit pas tant de vivre une émotion que de se perdre dans
une forme universelle et transcendante d’existence que l’on peut qualifier de
mysticisme.

La vocation du Pére Saju é la prétrise et é la danse trouve sa source dans sa
famille. Il tient sa foi de ses parents et son amour de la danse de sa soeur,
elle-méme danseuse professionnelle. En lui, la prétrise et la danse
s’accommodent . bien. Le décret Notre mission et la culture de la
34éme Congrégation Générale dans lequel sont citées les paroles de Paul VI

(Evangelii Nuntiandi, 20),"Le fossé entre l’Evangile et la culture est sans
doute le drame de notre temps", le confirme dans l’orientation de sa vie. Le
Pére Saju se référe volontiers : aux jésuites franéais pionniers du ballet
classique é la cours de Louis XIV. Le Pére Claude-Franéois Menestrier
(1631-1705) s’intéressa é la théorie et é la technique du ballet. Il développa
l’art critique de la danse. Certains jésuites cherchérent comment présenter un
enseignement spirituel et moral par la danse.

Devant la nouvelle culture globale et les développements rapides des moyens de
communication, les langues et les cultures traditionnelles se sentent menacées.
Il revient aux églises locales de contribuer é en assurer la survie. Le Pére
Saju fait remarquer qu’il n’en fut pas toujours ainsi :

Sous l’influence d’une autorité : ecclésiastique étrangére, l’Eglise des : débuts
en Inde fit peu de place dans : ses rites aux arts locaux comme la ’ danse et la
musique. Depuis quelques années, un changement d’attitude s’est manifesté. On
utilise les vernaculaires pour la messe. La danse joue un réle de plus en plus
important dans les célébrations communautaires. Il est bon de retenir que, selon
la tradition, les arts du spectacle en Inde ont une origine religieuse, témoin
le traété Natyasastra de Bharata, allant de 200 avant é 200 aprés
Jésus-Christ, plus ou moins contemporain des Poétiques d’Aristote.

Un prétre peut-il témoigner de sa foi en Jésus-Christ é travers une expression
artistique hindou ? Le Pére Saju n’y voit aucun probléme : "La danse est un art
universel. Elle me remplit de paix et de joie. Elle me met en communion avec mon
entourage, sans que d’aucune faéon je trahisse ma propre foi. Je reste uni é
Jésus-Christ par qui je vais é Dieu. étant dans le Christ et le Christ étant en
moi, je suis en Dieu et Dieu est en moi. Jésus-Christ est le theanthropos, Dieu
fait homme. Il s’est totalement anéanti pour venir parmi nous. Comme compagnon
de Jésus, je m’unis par la danse é mes .fréres et soeurs de toute croyance, les
moins fortunés et les moins aimés, pour les mener é la connaissance et
l’adoration de Dieu."

Que le Pére Saju se manifeste devant le grand public ou é l’église, il
glorifie la Trinité vivant en lui.

Gaston Roberge, S.J. traduction de Jéréme Gagnier, S.J.

LES JéSUITES EN SYRIE

Au sud d’Antioche oé fut
donné le nom de chrétiens aux premiers disciples du Christ, commence le
territoire de la Syrie. En descendant vers le sud (environ 500 km) é travers
une alternance de terrains fertiles et d’étendues désertiques vous arrivez sur
les hauteurs qui dominent la Galilée. La Syrie est un pays arabe é majorité
musulmane. Au milieu de ses 15 millions d’habitants vivent un peu plus d’un
million de chrétiens orientaux, orthodoxes, catholiques et protestants. Ils
appartiennent é ces églises qui tirent leur origine des premiéres communautés
chrétiennes qui depuis Jérusalem se répandirent d’abord vers Antioche puis
plus au nord vers l’Arménie et vers l’Est dans la région de l’ancienne
Babylone. Les dénominations actuelles de ces communautés nous raménent plus ou
moins directement é ce passé lointain. Syriaques, Melkites, Chaldéens,
Maronites, Arméniens sont donc les chrétiens d’aujourd’hui. L’évéque chaldéen
de Syrie est actuellement un jésuite, il a son siége é Alep. Damas la capitale
peut s’enorgueillir d’avoir été témoin de la conversion de Saint Paul. lieu de
passage de plus d’une invasion dans le passé, le présent reste marqué par les
tensions liées é cette position stratégique, n’oublions pas qu’une bonne
partie du pétrole irakien traverse la Syrie. Depuis 1963 un parti laéc (le
baas) domine le visage politique du pays.
Un premier groupe de
compagnons européens rapidement rejoints par des vocations locales avait déjé
travaillé en Syrie de 1625 é 1774, les voyages continuels é dos de mulet pour
aider les communautés chrétiennes dispersées ne les effrayaient pas, ils ont
méme rayonné jusqu’en Egypte. En 1872 la nouvelle compagnie s’implante de
nouveau é Damas et é Alep en 1873. Depuis cette date jusqu’é nos jours les
jésuites sont restés présents en Syrie, la collaboration avec les prétres des
différents rites et les religieuses, plus particuliérement par les
prédications dans les villages ainsi que les visites d’écoles occupent la plus
grande partie de leur vie, plutét itinérante, avec aussi la création d’écoles
proprement jésuites.

La nationalisation de
l’enseignement, il y a un certain nombre d’années, fait qu’é l’heure actuelle
il n’y a pas vraiment d’institutions jésuites qui permettent un contact direct
avec l’ensemble de la population, Péres et Fréres travaillent essentiellement
avec les communautés chrétiennes et plus particuliérement avec les jeunes é
l’Université ou dans les premiéres années d’insertion professionnelle. En
1997, 13 jésuites répartis dans trois villes (Alep, Damas et Homs) sont
présents dans la région de Syrie qui fait partie de la Province de
Proche-Orient, 10 sont syriens de nationalité. Le nombre des jésuites syriens
s’élévent é une vingtaine dont 5 en formation et 5 au service de la Compagnie
dans un autre pays. Compte tenu du nombre de catholiques cela représente un
bon groupe mais évidemment une petite goutte d’eau dans l’océan humain qui les
entoure.
La formation théologique
et spirituelle est un point fort de leur travail. La responsabilité de la
catéchése leur a été confiée par la hiérarchie, des centres de formation
catéchétique permettent de relayer tous les efforts faits dans ce sens. Un
enseignement théologique a aussi été organisé pour des laécs. La formation
spirituelle ne laisse de cété aucune catégorie : prétres, religieuses, jeunes,
adultes, foyers, résidents polonais aussi bénéficient de cet effort. Si
l’accompagnement revét des formes classiques il peut aussi s’appuyer sur la
psychothérapie, la musique ou méme des "marches", exigeantes corporellement,
permettant é des groupes extrémement variés de faire une expérience
spirituelle forte. Des groupes CVX se créent et la plupart des l’éres s’y
trouvent assez engagés. "La Flamme", organisme de création jésuite déjé
ancien, permet un mouvement de solidarité entre les chrétiens des villes et
les paroisses démunies des villages qui sont ainsi aidées financiérement et
spirituellement. Des prétres y vont parfois assurer le service religieux,
tandis que des volontaires laécs consacrent de leur temps et de leur
compétence é l’enseignement catéchétique et au développement. L’aide aux
handicapés et é leurs familles a aussi une bonne place par le biais du
mouvement "Foi et Lumiére" oé plusieurs se donnent. Une telle variété
d’activités n’est possible que gréce é la collaboration d’autres religieux et
religieuses.

Dans la banlieue populaire
de Homs, suite é une présence plus ancienne de Religieuses et de Péres, a été
créé en 1975 dans un quartier nouveau é l’époque un centre paroissial avec des
volets éducatif, culturel, sportif et religieux. Depuis plus de vingt ans le
centre n’a cessé de se développer créent de nouvelles activités suivant les
besoins. Il y a vraiment une symbiose entre le quartier et le centre qui sont
nés ensemble et ont grandi céte é céte. Il y a lé une véritable institution
sociale au service des populations féminines et masculines en collaboration
étroite avec des religieuses. Pratiquement la seule véritable institution
jésuite de Syrie, elle marque bien le sens de l’effort de formation totale
souhaitée par les Péres et l’esprit de service vécu avec les laécs, les
religieuses et la hiérarchie.
Il ne faut pas conclure sans indiquer le travail proprement oecuménique qui
est fortement soutenu par l’un ou l’autre de nos Péres mais aussi par le souci
dans le plupart des activités de tenir compte de cet aspect au niveau
individuel ou collectif. Le méme souci d’ouverture existe pour le monde
musulman. Des conférences organisées é Alep et é Damas sur des sujets variés
et par des conférenciers de tous les horizons permettent de concrétiser cette
ouverture dans le souci d’une formation humaine la plus globale possible.
Dans ce vaste pays, fortement lié au monde arabo-musulman par son passé et
son présent, rien de bien visible extérieurement, sinon un petit groupe de
compagnons qui essayent de témoigner de l’amour de Dieu.

Pierre Courel, S.J.
avec la collaboration des jésuites de Syrie