Les Jésuites de la Province de Belgique Méridionale et du Luxembourg (BML)

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Everard Mercurian (1514-1580)

13 octobre 2010

Mercurian, Everard Lardinois de Marcourt dit

Né en 1514, fils de l’agriculteur Jehan Lardinois, à Marcourt dans le Luxembourg belge actuel, il signait Mercurianus (de Marcourt), d’où le nom qui lui est resté dans l’histoire. Après une formation tardive auprès du curé de sa paroisse, puis au collège des Frères de la Vie Commune à Liège, il s’immatricule à la Faculté des Arts de Louvain où il est reçu maître ès arts en mars 1544. C’est là qu’il rencontre pour la première fois des jésuites expulsés de France, dont Pedro de Ribadeneira. Secrétaire auprès de l’official du diocèse de Liège, il est ordonné prêtre en 1546 et envoyé comme curé à Waillet, mais il quitte sa cure un an plus tard pour Paris où il se décide à entrer dans la Compagnie de Jésus après avoir fait les Exercices Spirituels des 30 jours.

Mercurian est reçu chez les jésuites à Paris le 8 septembre 1548. Fin 1551, il est appelé à Rome par Ignace de Loyola qui le nomme ministre de la maison professe de Rome. Quelques mois plus tard, Ignace l’envoie fonder un collège à Pérouse dont il sera le recteur entre 1552 et 1556. Suite à des problèmes de santé, Mercurian est nommé commissaire de Germanie Inférieure et des Pays-Bas en été 1556. En avril 1558, il est appelé à participer à la 1ère congrégation générale à Rome qui élit Laínez comme premier successeur d’Ignace. Celui-ci nomme Mercurian provincial de Germanie Inférieure et de Belgique fin 1558.

Convaincu que le meilleur frein au protestantisme est l’éducation des jeunes, Mercurian ouvre des collèges à Trèves et Mayence (1561), Tournai (1562), Cambrai et Dinant (1563), Saint-Omer (1567). Il est aussi à l’origine de nombreuses résidences dont celle, universitaire, de Louvain et s’adonne au ministère des Exercices Spirituels pour réformer des ordres monastiques masculins. Le 23 septembre 1564, la province de Germanie est scindée en deux : la Rhénanie et la Belgique dont Mercurian devient le supérieur provincial.

Un an plus tard, la 2e congrégation générale choisit François de Borja comme nouveau général et nomme Mercurian assistant général pour la Germanie et ministre de la maison professe de Rome. Mercurian s’emploie à agrandir celle-ci, envoie les novices à Saint André sur le mont Quirinal et projette de bâtir une grande église sur l’emplacement de Santa Maria della Strada. En 1569, il est nommé visiteur pour la France et s’efforce d’y établir une discipline religieuse uniforme dans les maisons jésuites. Rappelé à Rome en été 1571 pour la congrégation des procureurs, il y participe à la 3e congrégation générale après la mort de François de Borja. Le 23 juin 1573, Mercurian est élu 4e supérieur général de la Compagnie après des interventions répétées du Pape Grégoire XIII pour éviter l’élection d’un 4e Espagnol après Ignace, Laínez et Borja.

Le généralat de Mercurian est marqué par une reprise de la croissance du nombre de jésuites – à peine 4000 en 1573, ils seront plus de 5000 en 1580. A cette croissance correspond celle du nombre de collèges : 28 nouvelles fondations sous Mercurian, même s’il ferme plusieurs établissements dont la situation financière est précaire. Deux nouvelles provinces sont aussi fondées entre 1573 et 1580.

Mercurian aura beaucoup à faire pour contrecarrer des déviations et ramener le travail et la vie des jésuites en conformité avec les Constitutions et l’esprit de saint Ignace. S’il n’est pas un général très créatif, il définit néanmoins une culture jésuite spécifique qui lui survit pendant des siècles. Ainsi, il complète le travail législatif de ses prédécesseurs en publiant le Sommaire des Constitutions, les Règles générales et les Règles pour le provincial, le recteur, le ministre, le maître des novices et l’économe. Mercurian envoie aussi des visiteurs dans les quatre provinces espagnoles et au Portugal pour remplacer beaucoup de supérieurs qui se montrent trop rigoristes ; il préfère un style de gouvernement basé sur la charité, le respect religieux et la confiance entre supérieurs et inférieurs pour permettre une réelle croissance morale et spirituelle. Le 7 octobre 1574, il écrit une lettre importante aux supérieurs suivie de « Monita » qui précisent la manière de gouverner dans l’esprit d’Ignace. Il intervient aussi par deux fois dans les matières spirituelles pour préserver l’intégrité des Exercices Spirituels et assurer que la spiritualité et la prière des jésuites soient orientées vers la vie apostolique. Enfin, deux affaires, celle dite des « mémorialistes » espagnols et celle qui concerne trois professeurs du Collège Romain, voient Mercurian défendre la préséance du bien universel sur les particularismes ainsi qu’un style de gouvernement authentiquement ignatien.

Mercurian montre beaucoup d’audace sur le plan apostolique. Il continue d’ouvrir des collèges en Europe du nord à forte prédominance protestante et à assurer la formation du clergé pour ces régions par les séminaires tridentins et papaux. Il envoie Robert Persons et Edmund Campion dans une mission très risquée en Angleterre, et d’autres missionnaires auprès de maronites du Liban après leur union avec Rome. A la demande de Grégoire XIII, il n’hésite pas à confier une mission très délicate en Suède, puis en Russie à Antonio Possevino. Il montre aussi un jugement très sûr pour l’envoi en mission dans les Indes orientales et occidentales de nombreux jésuites dont certains n’ont pas encore achevé leur formation. Ainsi, il désigne Alessandro Valignano en 1573 comme visiteur en Extrême-Orient et lui adjoint 41 compagnons jésuites. En 1575, il envoie Juan de la Plaza comme visiteur au Pérou avec 13 compagnons, puis en 1577, Matteo Ricci et 13 jeunes jésuites pour l’Extrême-Orient.
De santé fragile, Mercurian est affaibli par le climat romain, l’excès de travail et une épidémie meurtrière qui sévit à Rome en été 1580. Il s’éteint, accablé de fièvre, au noviciat Saint-André sur le mont Quirinal le 1er août 1580 à l’âge de 66 ans.

Josy Birsens s.j.

Bibliographie : Thomas M. McCoog SJ, The Mercurian Project. Forming Jesuit culture 1573-1580 (The Institute of Jesuit sources, n° 18 ; Biblioteca Instituti Historici Societatis Jesu, vol. 55), Saint-Louis – Rome 2004 ; Tony Severin SJ, Mercurian : Un grand Belge, Curé ardennais, Général des Jésuites, Liège 1946.

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