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Egide Van Broeckhoven, compagnon de Jésus (1933-1967)

17 octobre 2010

Egide est ce jeune prêtre-ouvrier anversois dont la mort tragique, survenue à Bruxelles le 28 décembre 1967, a frappé l’opinion. Ceux qui l’ont connu savent que son travail en usine et sa mort brutale à l’atelier furent l’aboutissement d’une recherche passionnée de Dieu : sa contemplation intérieure l’a mené, non dans une chartreuse comme il l’envisageait d’abord, mais dans un quartier pauvre et dans une usine…

Le 28 novembre 1967, un mois avant son accident mortel, voici comment il nous déroulait son emploi du temps : « Les journées sont ici pleines à craquer. Travail de 7 h 15 à 16 h 30, puis le repas du soir à la maison, la messe, et ensuite beaucoup de visites chez nous ou auprès des gens du quartier. Pour le moment je suis beaucoup en route pour trouver une maison pour un Marocain, Youssef et ses six enfants (Mohamed, Ahmed, Youssef, Turia, Ismaël et Najah) qui logent actuellement dans un véritable taudis et ont à souffrir du froid. J’ai déjà visité plus de vingt appartements : les portes se ferment... Nous recevons de ces étrangers beaucoup d’attachement et d’amitié. Nos contacts s’étendent lentement, mais ils ont de profondes racines ; c’est bien cela qui importe : ne pas faire de la réclame pour l’une ou l’autre « boutique », mais apporter aux gens l’Evangile dans toute sa pureté et sans complication : une amitié sincère et désintéressée ; je vois de plus en plus combien il est important que nous partagions le plus possible leur vie ; c’est ainsi qu’ils se sentent à l’aise avec nous, que nous devenons un des leurs et qu’ils n’ont plus besoin de se montrer autres qu’ils sont… »

“Que s’est-il passé exactement, ce 28 décembre ? Egide était chargé avec G., son compagnon de travail des derniers mois, de défaire des plaques de métal de 6 mètres sur 1,50 mètre amenées par une rampe mobile et de desserrer les pinces de la grue. A un moment donné, une des pinces se bloqua et Egide se rendit derrière la pile pour la desserrer… Un des piliers d’appui se rompit… Toute la masse de plaques, lourde de plusieurs tonnes, bascula…
Egide fut projeté violemment à la renverse contre une autre plaque dressée verticalement -qui lui brisa l’échine… »

Quelques notations de son JOURNAL pour illustrer à quelle profondeur s’enracinait son engagement et nous donner le goût d’aller plus avant à sa rencontre :

[**« Il nous faut chercher comment les hommes d’aujourd’hui désirent Dieu de tout leur cœur, de tout leur être, en toute leur vie ; ou mieux : comment Dieu suscite en eux le désir de Lui. Mais comment le pourrons-nous si nous ne connaissons pas les hommes de notre temps d’une connaissance profonde, telle que seul l’amour peut la donner ? Comment pourrons-nous les aimer si nous n’allons pas vers eux ; si, dans l’imitation au moins partielle de cet engagement total qui a poussé Dieu à se faire homme, nous ne faisons pas en sorte qu’ils nous laissent venir à eux ? (1964) »*]

[*« Fait hier matin l’expérience suivante : en revenant de mon travail, sur la chaussée menant vers le centre de Bruxelles, j’ai vu que tout ce monde bien concret est la création du Père dans le Fils par la force de l’Esprit : PAS un monde PROFANE donc, mais la création où Dieu se communique, se révèle, le MILIEU DIVIN : c’est maintenant, dans ce milieu-là, que le Père m’adresse sa Parole à moi, avec force » (1966)*]

[**« La vie ici est belle, très réaliste et très belle, en communion totale avec ce monde, le monde concret de maintenant -qui est la création de Dieu maintenant. Lorsque nous pensons à la création par Dieu nous pensons toujours à un passé fabuleux ou à un saint avenir, mais c’est une joie de découvrir que cette création fabuleuse et sainte est le monde très concret d’aujourd’hui : ici-maintenant-Bruxelles… ces hommes concrets, dans cette fonderie crasseuse, nos amis aussi… TOUT CELA, c’est la réalité et cette réalité est sainte, car c’est l’unique endroit par où Dieu peut nous atteindre, et donc par où Il nous atteint. Même si j’avais à choisir entre le ‘Buisson Ardent’ et Bruxelles, c’est Bruxelles que je choisirais » (1966)*]

[*« « L’apostolat de ‘PRESENCE’ n’est pas une étape malgré tout nécessaire, à dépasser de préférence le plus vite possible : NON, il est le noyau stable et définitif de l’apostolat, du Royaume de Dieu : Dieu tout en tous.
Cette présence ne peut être une présence ténue, grêle, un contact fonctionnel, passager. Entendre des confessions, prêcher, par exemple… NON : elle doit être totalement incarnée : partage de VIE : habiter, travailler, être pauvre, démuni, comme les autres ; leur personne est répandue -comme déversée- dans la situation qu’ils occupent ; nous ne pouvons donc les rencontrer totalement que dans cette situation...
Bruxelles : le Buisson Ardent de la Présence de Dieu. » (1967) »*]

[**« Cherché du travail avec Mich. –‘ Je voudrais te dire quelque chose… Je n’ose pas. Je vais le dire quand même… Non, je ne le dis pas. Je… voudrais habiter chez vous…’*]

[*Merci, Seigneur, pour l’amitié de ce pauvre jeune sans logis.*]

[**L’apostolat est la rencontre des autres en profondeur, portant en elle la promesse d’une rencontre totale dans le Christ. » (1967)*]

L’IMAGINATION DE DIEU
TROUVE EN CHAQUE HOMME, EN CHAQUE FEMME UNE INSERTION :
IL NOUS INVITE A ALLER AVEC LUI SUR CE CHEMIN.

[*N’était-ce pas déjà le souhait exprimé par
la béguine mystique du 13ème siècle, HADEWYCH (23ème lettre) :
« LEVET GODE, ENDE HY U ENDE GHI ONS »
« Vis Dieu, et Lui toi et toi nous » -qui vivons Dieu-
Egide aimait s’y référer, notamment le 5 janvier 1966...*]

[/POUR ALLER PLUS LOIN :
Egide Van Broeckhoven, Journal spirituel d’un jésuite en usine, Christus, Essais, 43 (1976)./]

[/(préparé pour vous par Pierre Ferrière)/]

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