Les Jésuites de la Province de Belgique Méridionale et du Luxembourg (BML)

Accueil > Le saviez-vous ? > Echos de la rencontre des responsables pour les vocations jésuites (...)

Echos de la rencontre des responsables pour les vocations jésuites d’Europe

16 mai 2012

La Compagnie en Europe et les vocations –
Echos de la rencontre 2012 des promoteurs de vocations

Entre le 19 et le 23 avril, nous nous sommes retrouvés à 26 promoteurs de vocations venus de presque toutes les provinces de l’Europe. La maison de retraites « Loyola Hall » à Rainhill au nord de Liverpool a fourni un cadre agréable à nos échanges et travaux. Voici quelques impressions et réflexions que nous voudrions vous partager..

Les « meilleures pratiques » en matière de promotion
Notre première journée était centrée sur l’échange d’expériences et de questions que nous nous posons dans les différentes provinces. Parmi les « bonnes pratiques », je retiens :
-  le fait de travailler en équipe promeut la créativité et la réflexion ; de bons contacts avec les diocèses, les autres congrégations et les CVX aident beaucoup ;
-  les activités strictement spirituelles sont celles qui attirent le plus les jeunes à l’est comme à l’ouest de l’Europe ; les jeunes sont particulièrement attentifs à la dimension communautaire aussi ;
-  collaborer avec les novices peut s’avérer fructueux, car ils sont mieux au fait du langage et des sentiments des jeunes (Pologne et Royaume-Uni) ;
-  une progression de l’offre, en partant de formules simples d’Exercices de 6 jours ou d’un cours « Comment prendre des décisions ? » pour amener à un accompagnement et une retraite en silence, en passant par un court séjour dans une maison vocationnelle ou une communauté jésuite (Italie) ;
-  une neuvaine de prière pour toutes les communautés de la province (Royaume-Uni) ;
-  combiner la promotion comme communication sur la vie et les spécificités de la Compagnie avec l’accompagnement personnel (Autriche) ;
-  l’importance d’une bonne présence sur internet qui est parfois la première porte à laquelle des jeunes viennent frapper.

Les défis majeurs à relever par les provinces
Parmi les défis majeurs qui nous préoccupent, les uns relèvent de la situation spécifique des jeunes d’aujourd’hui, d’autres sont liés à notre perception comme jésuites.
-  On a noté la difficulté de cerner notre public-cible : adolescents, étudiants, jeunes adultes ? Quelles sont les attentes particulières de ces publics ? D’où le besoin d’une meilleure connaissance des jeunes.
-  Comment susciter un désir de vie religieuse alors qu’il y a une pléthore d’offres de toutes sortes, que les valeurs de la foi sont reléguées au second plan et que le renoncement à une vie de couple et de famille semble impossible ? De plus, beaucoup de personnes se sentent incomprises et blessées par l’Eglise.
-  Une véritable pastorale des jeunes adultes peine à se mettre en place dans la plupart des provinces, alors que c’est à cet âge que se prennent les grandes décisions aujourd’hui.
-  Notre relation à l’Eglise peut être questionnée, comme beaucoup se sentent attirés par les nouveaux mouvements et que les jésuites peuvent être perçus comme trop libéraux, plutôt actifs que priants et peu enclins à une vie de communauté forte.
-  En ce qui concerne le travail du promoteur des vocations :
o Est-il possible de promouvoir les vocations à temps partiel, à côté d’autres charges ? La créativité et la réflexion n’en sont-elles pas étouffées ?
o Quelle est la tâche exacte du promoteur ? Toutes les propositions spirituelles ne font-elles pas office de promotion ? Qu’offrir de spécifique alors ?

Les échanges intenses nous ont fait percevoir à quel point les mêmes questions se posent dans toutes les parties de l’Europe. Si nous avons pu nous encourager par le partage de « bonnes pratiques », il semble évident que la Compagnie en Europe vit une crise sérieuse des vocations (« vocations’ emergency ») à laquelle il faut pallier par un engagement décidé et fort, en y mettant les moyens nécessaires tout en comptant sur le travail de la grâce.

Les promoteurs européens avec le P. Orlando Torres à l’église St. François Xavier de Liverpool

La vocation internationale de la Compagnie
Dans un topo vigoureux et engageant, le P. John Dardis, président de la conférence des provinciaux d’Europe, a insisté sur la force de la vocation universelle qui est celle de la Compagnie. Il nous a invités à prendre conscience des grandes ressources en hommes et en collaborations dont disposent les jésuites en Europe. Le renouvellement des structures provinciales devrait aussi aider à donner une meilleure visibilité apostolique par les choix qui sont faits. La crise que traverse l’Europe (crise financière et sociale, arrivée massive de migrants, sécularisation, ...) donne plus de relief à notre mission comme œuvre de réconciliation telle que la 35e Congrégation Générale l’a définie (décret 3), d’autant plus que nous vivons d’une spiritualité qui porte un regard positif sur le monde.

Pour John Dardis, il est important que nos communautés deviennent des lieux accueillants pour les jeunes, que nous sortions de « désolations de province » (sic !) pour une promotion courageuse de notre vocation. De plus, les promoteurs doivent ménager des espaces pour le rêve et la créativité, s’engager résolument dans les réseaux sociaux (internet, facebook, twitter) et collaborer davantage sur le plan interprovincial. Ceci vaut particulièrement pour coordonner les efforts en matière de pastorale des jeunes adultes et la double priorité que se sont donnée les provinciaux européens : l’évangélisation dans une culture sécularisée et le dialogue avec l’Islam. Nous avons tous pris davantage conscience qu’il est important de mettre en avant la dimension internationale et l’universalité de notre mission, quand nous présentons la vocation de la Compagnie.

Quels critères pour accueillir un candidat à la Compagnie ?
Un autre temps fort – outre le topo sur la promotion des vocations aux premiers temps de la Compagnie par Thomas McCoog, sur lequel on reviendra en détail – fut le topo d’Orlando Torres. En se reportant à la dernière congrégation générale et à la première lettre du P. Nicolás après celle-ci, le délégué à la formation et aux vocations du P. Général a souligné les qualités spirituelles, humaines et apostoliques dont doit disposer un candidat à la Compagnie aujourd’hui. Parmi les premières, il y a la nécessité d’une expérience vocationnelle, donc d’un appel et d’une relation personnelle avec le Christ, et d’une introduction aux Exercices Spirituels qui devrait lui permettre après 6 mois de noviciat de faire la grande retraite. Il devrait donc être à même de prendre conscience des motions intérieures en lui et d’en parler à une personne de confiance dans l’accompagnement.
Du point de vue humain, le P. Torres a souligné une bonne connaissance et une certaine acceptation de soi-même, la réalité personnelle étant le point de départ de toute vie spirituelle, ainsi que la capacité de vivre de manière équilibrée dans un groupe. Un test psychologique peut s’avérer utile pour voir s’il n’y pas d’obstacles sérieux à la croissance humaine de la personne, étant entendu que le noviciat ne peut pas être le temps d’une thérapie. Enfin, le candidat doit être disponible pour être envoyé dans un champ apostolique de la Compagnie

Le P. Mourad Abou-Seif nous parle de la situation des jésuites en Syrie

Quelques pas sur un chemin commun
Au terme de notre rencontre, nous avons pu prendre quelques petites décisions pour l’avenir. D’abord, notre prochaine réunion se passera du 8 au 12 mai 2014 au Portugal, une rencontre par assistance étant prévue en 2013. Nous aimerions ensuite proposer une neuvaine de prière pour les vocations dans toute l’Europe entre le 5 et le 13 novembre de chaque année ; des feuillets de prière seront envoyés en son temps à toutes les communautés. Il a été convenu aussi d’établir un fonds commun de photos et d’images qui pourraient servir dans différentes provinces (sites internet). De manière générale, nous aimerions rester connectés pour nous donner des informations et organiser éventuellement des camps ou pèlerinages ensemble, ou du moins d’y prendre part à partir de différentes provinces (par exemple, pour les JMJ 2013, la France organisera une rencontre en France pour ceux qui n’auront pas les moyens de se rendre au Brésil : d’autres provinces pourraient y participer). Plusieurs provinces sont intéressées aussi par un projet de petits films qui présentent notre vocation. Last but not least, nous avons pu profiter de la présence d’un jeune compagnon syrien qui nous a donné un témoignage poignant sur la crise que traverse son pays et qui nous a promis de nous tenir au courant de l’évolution. Une manière bien ignatienne de nous rappeler que nos questions, aussi brûlantes soient-elles, ne doivent pas oublier « les peuples en si grand aveuglement » (Ex. Spir., 106) que le Seigneur vient sauver !
Au terme de ces 4 jours de rencontre, de prière et d’échanges, je rends grâce à Dieu pour la fraternité chaleureuse vécue à Loyola Hall. Nous avons pu nous rencontrer en profondeur en partageant nos idées, nos questions et notre espérance. La conviction que la promotion de notre vocation jésuite vaut la peine a pu s’ancrer plus profondément en moi et je suis heureux de la partager avec des compagnons de tout le continent.

Josy Birsens s.j. (BML) et Yves Stoesel (GAL)

Dans cette rubrique

Voir aussi

Dernières News