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Chrétien en Syrie : un défi, une espérance

27 janvier 2014

Un jésuite syrien, le Père Ziad Hilal, responsable du JRS (Jesuit Refugee Service), dans la ville martyre de Homs, remet les pendules à l’heure et insiste sur la mission d’acteurs de paix des chrétiens.

« La situation est difficile pour les chrétiens comme pour les musulmans ; la violence touche tout le monde », déclare d’emblée le prêtre face à l’auditoire réuni ce 21 janvier à la Chapelle pour l’Europe. Et d’ajouter : »Je suis d’abord Syrien avant d’être chrétien ».
Originaire de Bassir, un village situé au sud de la Syrie, Ziad Hilal est aujourd’hui plongé dans la réalité du quartier mélangé Al-Adwiya où cohabitent une majorité de chrétiens avec des musulmans alaouites (de la même tribu que le Président Bachar Al-Assad) et des sunnites. Curé de paroisse, il travaille aussi, à l’instar de nombreux bénévoles de diverses confessions religieuses, dans l’aide humanitaire et la réconciliation.
A la différence du centre ville, dévasté et coupé du monde, où œuvre héroïquement un autre jésuite, le père Franz van der Lught, le secteur est « protégé » par l’armée et la vie y continue plus ou moins normalement, à quelques dizaines de mètres d’un champ de ruines.
Ziad Hilal salue le travail de son confrère hollandais qui, inlassablement « fait monter sa prière vers le ciel, livre un message d’amour, et par-delà la violence et la haine, continue à parler d’espoir, de reconstruction et de ce qui est beau dans le cœur syrien, sans jamais critiquer, ni provoquer. »
A sa suite, il souligne l’espérance générée par l’œuvre commune de musulmans et chrétiens, qui travaillent main dans la main pour soutenir des familles en difficulté ou encore animer des « classes de vie » pour enfants de toutes confessions afin de « ne pas en faire des guerriers » et permettre aux uns et autres de se parler.
Les chrétiens appelés à jeter des ponts
Dans la troisième ville du pays, vivent toujours 40.000 chrétiens. « Ce n’est pas vrai que les chrétiens ont fui ! », insiste le Père Hilal. »Aujourd’hui, il s’agit de sauver l’ensemble du bateau syrien, non les chrétiens. » En prélude aux négociations de Genève 2, il a participé à la réunion du conseil œcuménique des églises chrétiennes et se réjouit de leur volonté de parler d’une seule voix ainsi que de l’implication du Vatican, qui a mandaté un représentant aux pourparlers en cours à Montreux. »Nous, qui sommes présents en Syrie depuis 2000 ans, avons un rôle de pont à jouer entre l’Orient et l’Occident, entre musulmans et chrétiens et même, entre musulmans. Sans les chrétiens, qui va jouer le rôle de médiateur ? », s’interroge-t-il.
Prudence extrême de mise
A la question « par qui ont été détruites les églises du centre de Homs au début de ce qui n’était alors qu’une révolution citoyenne ? », le jésuite répond : « Des mosquées ont aussi été dévastées. C’est la guerre, je ne sais pas », pointant plus volontiers les exactions - indéniables, pour certaines – venant de l’opposition. Pourtant, selon nombre d’analystes indépendants, les sanctuaires chrétiens auraient été bombardés par le régime lui-même, pourtant réputé proche, question de semer la confusion.
Mais il reste vrai qu’il est bien difficile d’y voir clair dans un pays où les discours varient souvent suivant l’interlocuteur et où les mensonges pleuvent autant que les balles.
Et quelles que soient leurs origines, leurs liens – obligés ou non – ou leurs sympathies, les religieux engagés sur le terrain doivent pouvoir continuer leur mission. »Notre couleur, c’est le blanc », insiste le père Hilal. A l’entendre, nous serions tentés d’y ajouter le vert, couleur de l’espérance.
Béatrice Petit
Photo ©Béatrice Petit

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