Les Jésuites de la Province de Belgique Méridionale et du Luxembourg (BML)

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Aperçu des fonds historiques

14 septembre 2010

**Archives de la Province belge méridionale et du Luxembourg (ABML)

***Aperçu des fonds historiques

Introduction

Les fonds anciens de la Province belge méridionale et du Luxembourg sont constitués essentiellement des « fonds historiques ». Leur dénomination vient du fait qu’ils ont servi durant de nombreuses décennies aux historiens jésuites belges pour la rédaction de l’histoire des anciennes Provinces belges et qu’ils étaient conservés hors des Archives de Province jusqu’aux années 1990.

Avant de les décrire, je retracerai brièvement l’histoire des Archives de la Province, puis celle de la constitution des fonds historiques avant leur intégration dans l’Archivum . Enfin je présenterai les divers fonds anciens.

I. Brève histoire des ABML

L’histoire des ABML est liée en partie à celle de la Province belge méridionale. En 1929, la partie méridionale de la Provincia belgica de la Compagnie de Jésus devient une Vice-Province. En 1935, elle est érigée en Province à part entière sous le nom de « Province belge méridionale » ? Provincia Belgica Meridionalis ? avec comme sigle « PBM ». Sa consœur devient la Provincia Belgica Septentrionalis (PBS). À cette époque, la PBM couvre une partie de Bruxelles et la Wallonie. À la fin de l’année 1944, la résidence de Luxembourg, fondée en 1895 par des pères allemands, intègre la PBM. Au début des années 1990, le sigle « PBM » laisse place à celui de « BME ». Dans le courant de l’année 2007, la BME demande de modifier son nom et obtient de s’appeler dorénavant « Province belge méridionale et du Luxembourg ». Son nouveau sigle est « BML » (Belgicae Meridionalis et Luxemburgus).

À la création de la PBM, les Archives sont établies au sein du collège Saint-Michel à Etterbeek (Bruxelles). Lors du déménagement de la curie provinciale en 1972, elles suivront et s’établissent à Woluwé-Saint-Pierre (Bruxelles). Appelées anciennement « Archives jésuites de la Province belge méridionale » (Arch. Jés. P.B.M., puis ABME), elles se dénomment depuis 2007 « Archives de la Province belge méridionale et du Luxembourg de la Compagnie de Jésus » (ABML) . Les archives historiques les rejoindront entre 1990 et 1995.

À ce jour, il n’existe aucun guide pour l’histoire des jésuites en Belgique à l’instar de l’excellent travail réalisé par le père Paul Begheyn pour les Pays-Bas . Quant à l’ouvrage du père Thomas M. McCoog, consacré à l’ensemble des archives des jésuites, il ne présente qu’une bien pauvre image des fonds conservés aux ABML .

II. Constitution des fonds historiques

Les fonds concernant l’ancienne Compagnie proviennent principalement des « fonds historiques ». Ils se sont constitués à partir de documents, originaux ou copies, rassemblés dès le XIXème siècle par les archivistes et historiens de la Province belge. En effet, tout au long de ce siècle, un travail historiographique se met en place. Plusieurs jésuites effectuent des recherches sur l’histoire de l’Ordre dans nos régions et sur les missions, et publient notamment dans la revue des Précis historiques . D’autres rédigent également la biographie de confrères belges tandis que les pères Augustin et Aloys de Backer éditent une bibliographie des écrivains jésuites . À la fin du XIXème siècle, le père général, Luis Martin (1846-1906) , met en place un vaste programme historiographique en vue de réaliser une synthèse de l’histoire de l’Ordre. Les Monumenta Historica Societatis Iesu commencent à paraître à partir de 1894. En Espagne, en Allemagne, en France, en Belgique, débutent des publications sur l’histoire de la Compagnie. C’est ainsi qu’en Belgique, à partir de 1899, le père Alfred Poncelet (1864-1934) , jeune professeur d’histoire ecclésiastique au scolasticat de Louvain, est chargé de rédiger l’histoire de la Province. En 1907, il édite un Aperçu de la Province belge à l’occasion de son 75ème anniversaire . Dès 1902, il est également affecté à la rédaction de l’histoire de l’ancienne Compagnie. En 1904, il déménage sur le site du nouveau collège Saint-Michel à Etterbeek (Bruxelles). Pour poursuivre sa mission, il obtient quelques archives anciennes conservées dans les Archives de Province et des notes de recherches, voire des fonds, de quelques historiens jésuites belges : notamment celles des pères Charles Waldack , Vincent Baesten , Corneille Geerts , Louis Delplace .
Viendront s’ajouter les ouvrages manuscrits du père Charles Droeshout . Après la mort d’Henri Bosmans , son fonds constitué de cahiers et de notes en histoire des mathématiques est intégré aux archives historiques, mais gardera sa spécificité et son entité. Dans sa charge d’écrivain, Poncelet reçoit l’aide du père Léopold Willaert (1878-1963) . À la mort d’Alfred Poncelet, les fonds historiques resteront dans une pièce de la communauté du collège Saint-Michel sous la responsabilité du père Willaert. En 1965, le père Léon Wuillaume, successeur de Willaert, transfère ces fonds dans la bibliothèque philosophique et théologique du scolasticat de la PBM à Eegenhoven, près de Louvain. Lorsque cette bibliothèque déménage à Namur au sein des Facultés universitaires Notre-Dame de la Paix, prenant le nom de Centre de documentation et de recherche religieuses (CDRR), les fonds historiques ont suivi. Ils y sont restés jusqu’au début des années 1990. Ils sont alors intégrés à l’Archivum de la Province à Bruxelles.

III. Description des fonds historiques

Les fonds historiques sont au nombre de trois : le fonds Alfred Poncelet, le fonds Charles Droeshout et le fonds Henri Bosmans. Ils comprennent quelques sources originales, beaucoup de copies et de notes de travail. Ils concernent principalement la Provincia belgica, les Provinces gallo-belgica et flandro-belgica de la Compagnie de Jésus (XVIème-XVIIIème siècles) dont le territoire touche le Benelux actuel et le Nord de la France. Mon prédécesseur, le père Claude Voiturier, les a inventoriés de manière très détaillée. Ces inventaires sont manuscrits et ont été mis à jour depuis lors.

**1. Fonds Alfred Poncelet

Le fonds Poncelet comprend la documentation et les notes rassemblées essentiellement par Alfred Poncelet dans le cadre de ses recherches et publications sur l’histoire des anciennes provinces belges de la Compagnie de Jésus : les Nécrologes de la Gallo-belge et de la Flandro-belge , et l’Histoire de la Compagnie de Jésus dans les anciens Pays-Bas , mémoire couronnée par l’Académie royale de Belgique. Aux propres notes de Poncelet, se rajoutent celles rassemblées par Charles Waldack, Vincent Baesten, Charles Droeshout, Louis Delplace, Henri Bosmans. Ce fonds ne contient pas seulement des documents sur les premières décennies, mais également sur les XVIIème et XVIIIème siècles, pour la Flandro-belgica et la Gallo-belgica . Il comprend des renseignements sur l’histoire des collèges, de l’enseignement secondaire et supérieur, sur le théâtre et les fêtes, sur le catéchisme, sur l’apostolat intellectuel et scientifique, la suppression de l’Ordre, etc.

Le fonds Poncelet se compose de quelques originaux, de copies partielles ou complètes, et de notes. Originaux et copies se côtoient souvent dans une même farde. Poncelet a eu recours aux fonds aujourd’hui romains de l’Ordre, aux Archives de l’État en Belgique et ailleurs. Certaines de ces copies ou notes sont précieuses, car elles contiennent des renseignements aujourd’hui disparus. Parmi les originaux, à titre d’exemple : le registre d’inscription des élèves du collège de Bruxelles , le registre de la Sodalité des jeunes hommes du collège de Namur , un registre intitulé Manuscripts des jésuites de Ruremonde (1774) rassemblant des originaux sur la suppression, un Commentarius in Universam Artis Physicam présidé par le père Bernard Le Waitte (1643-1712) à Douai en 1682.

L’œuvre historiographique de Poncelet s’inscrit dans une perspective « nationale » et dans une lecture traditionnelle de la Contre-réforme . La conservation de son fonds de recherche, outre sa richesse documentaire, permet d’appréhender la manière dont il écrit l’histoire de l’Ordre dans le premier tiers du XXème siècle.

**2. Fonds Charles Droeshout

Le fonds Charles Droeshout comprend 42 volumes (in-quarto). Il concerne deux champs d’investigation : d’une part, les maisons jésuites d’Anvers et d’autre part, la suppression de la Compagnie de Jésus en Belgique. Les 36 premiers volumes portent sur le collège et la Maison professe à Anvers. Ils contiennent divers renseignements, - histoire du collège (1562-1773) et de la Maison professe (1616-1773), comptabilité, sodalités , etc. Droeshout a réalisé son travail sur base des Litterae annuae, historia domus, catalogues des maisons et d’autres sources notamment anversoises. Les volumes 37 à 42 sont consacrés, maison par maison, à la suppression de l’Ordre dans l’actuel territoire belge : trois volumes pour la Flandro-belgica et deux pour la Gallo-belgica. Ils contiennent des renseignements sur les personnes et sur les biens autour de la suppression. Ils sont également intéressants pour le XIXème et le début du XXème siècle. Droeshout fournit des reproductions photographiques des anciens bâtiments jésuites existant à son époque, dont certains ont disparu aujourd’hui.

Droeshout n’a rien publié à propos de ses recherches.

**3. Fonds Henri Bosmans

Henri Bosmans est un historien des mathématiques . Il a travaillé sur les mathématiciens belges des temps modernes. Son fonds regroupe ses travaux sur l’histoire des mathématiques . Une partie importante concerne les jésuites mathématiciens « belges », pour la plupart de l’école de mathématique de la Flandro-belgica : Grégoire de Saint-Vincent (1584-1667), Gilles François de Gottignies (1630-1689), Jean Charles della Faille (1597-1652), Théodore Moretus (1602-1667), André Tacquet (1612-1660). Il élargit son champ de recherches aux jésuites belges, - mathématiciens et astronomes -, missionnaires en Chine et au Siam : Ferdinand Verbiest (1623-1688), Philippe Couplet (1623-1694), François de Rougemont (1624-1676), Jean de Haynin (1633-1682), Jean-Baptiste Maldonado (1634-1699), Antoine Thomas (1644-1709). Grâce à ses publications, Ferdinand Verbiest et Antoine Thomas ont été redécouvert au XXème siècle . Pour ces recherches sur les jésuites, il a bénéficié de la proximité des historiens jésuites, comme Alfred Poncelet, et des bollandistes .

Son fonds comprend des copies de documents en provenance de divers fonds d’archives et de bibliothèques, en possession ou non de la Compagnie de Jésus : Rome, Paris, Exacten, Bruxelles, Louvain, Gand, Saint-Pétersbourg. On trouve quelques documents originaux, notamment des lettres du missionnaire montois, Jean-Baptiste Maldonado .

Son fonds comprend des Cahiers et des Notes. Plusieurs de ces Cahiers contiennent des copies d’ouvrages anciens disparus lors de l’incendie de la bibliothèque de l’Université de Louvain durant la guerre 1914-1918. Ainsi l’Appendice algébraïque de Simon Stevin (1548-1620) .

Ce fonds s’est enrichi au cours des années par des apports des pères Henri Josson (1869-1939), Léopold Willaert , Henri Bernard-Maître (1889-1975) , et de Mme Yves de Thomaz de Bossière .

IV. Autres fonds

Les ABML disposent de nombreux microfilms et de copies développées en provenance de fonds conservés à l’étranger. Une grande partie des sources concernant l’histoire des anciennes Provinces belges ont été microfilmées à l’Archivum Romanum Societatis Iesu (ARSI, Rome). Elles contiennent l’histoire des fondations de collèges et maisons, des catalogues annuels et triennaux des personnes et des biens, des litterae annuae et historia domus, la correspondance des préposés généraux avec la Province, des Indepetae, etc. Ce fonds permet d’avoir accès aux Archives principales de l’Ordre sans devoir se rendre à Rome. Il complète les recherches sur les fonds anciens conservés en Belgique ou en France. Les ABML disposent également de microfilms de fonds sur le jansénisme que le père Léopold Willaert, et à sa suite le père Léon Wuillaume, a longuement étudié. Ils reproduisent des sources conservées dans divers dépôts d’archives belges et étrangers. On conserve aussi une copie du premier registre du noviciat de Tournai commencé en 1569 dont l’original a brulé durant la guerre 1940-45 dans le dépôt des Archives de l’État à Mons .
Il existe aussi quelques petits fonds liés à la recherche de l’un ou l’autre jésuite. Ainsi le père Édouard Hambye qui a travaillé sur l’aumônerie de la mission navale .

Conclusion

Les ABML disposent d’un fonds de documentation (originaux – copies - notes de travail) intéressant pour les chercheurs, pas toujours simple dans sa classification. Les fonds historiques permettent d’avoir à portée de la main une série de sources dispersées en divers lieux pour les deux Provinces belges de l’ancienne Compagnie de Jésus. Ils concernent l’ensemble de leur existence avec une part plus importante pour le premier siècle (1540-1640) et pour la suppression de l’Ordre (1773).

Il est bon de compléter les recherches en consultant la Bibliothèque du Centre de documentation et de recherche religieuses à Namur. Elle contient un fonds de jesuitica anciens mais aussi quelques manuscrits : deux lettres manuscrites du père Antoine Thomas, un programme de cours de la Gallo-belgica, des Catalogi Provinciae gallo-belgica, etc .

Un travail fondamental de recherche sur l’historiographie des jésuites belges au tournant des XIXème et XXème siècles mériterait d’être réalisé, à l’exemple de celui qu’a effectué Robert Danieluk pour l’œuvre bibliographique de Carlos Sommervogel (1834-1902) .

Michel HERMANS
FUNDP
Rue de Bruxelles, 61
B-5000 Namur

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14 septembre 2010
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