Les Jésuites de la Province de Belgique Méridionale et du Luxembourg (BML)

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20ème anniversaire de la mort du Père Arrupe

11 février 2011

05 février 1991.

À l’occasion du vingtième anniversaire de la mort de son prédécesseur, le P. Pedro Arrupo, le P. Général vient d’écrire une lettre à toute la Compagnie de Jésus. En réfléchissant sur la vie du P. Arrupe, il évoque trois qualités de l’esprit missionnaire Jésuite. Selon le P. Nicolás chaque vocation Jésuite exige un détachement total à l’égard des rangs, des professions, des positions ou des privilèges ; une immersion totale dans le milieu, le travail, le contexte de la mission ; et un esprit de coopération totale avec autrui, qu’il s’agisse de laïcs, de membres du clergé diocésain, d’autres religieux ou religieuses, ou même de personnes d’autres traditions confessionnelles.

PEDRO ARRUPE, le gouvernement d’un prophète

 
Tel est le titre d’un fort ouvrage de 500 pages qui vient de paraître aux éditions Lesssius, sous la direction de Gianni La Bella, professeur d’histoire contemporaine aux universités de Modène et de Reggio Emilia. Il s’agit de la version française d’une série de contributions qui ont paru également en italien, espagnol, allemand et anglais.
 
Un siècle après sa naissance (1907) et une quinzaine d’années après sa mort (1991), il a semblé bon aux différents auteurs de se pencher sur la vie et l’œuvre de Pedro Arrupe pour les comprendre et leur rendre justice. Il ne s’agit pas d’une biographie et encore moins d’une hagiographie. Cet ouvrage se présente plutôt comme un recueil organique de matériaux divers (faits historiques, textes, souvenirs, témoignages…) rassemblés thématiquement par des témoins directs en vue d’une analyse plus complète de l’histoire personnelle d’Arrupe, de son action à la tête de l’ordre de 65 à 83 et de ses apports à l’histoire de l’Eglise post-conciliaire. Il s’agit pourtant d’une œuvre achevée, basée sur des archives en partie inédites mais se situant « à mi-chemin », sur la route de contributions plus définitives, lorsque toutes les archives seront accessibles. Cette version française a retenu une dizaine d’articles. Chaque auteur y traite une des facettes de la personnalité ou de l’itinéraire de Pedro Arrupe.
 
La vie du père Arrupe représente un parcours étonnant. Missionnaire au Japon, il y est surpris par la deuxième guerre mondiale et connaît la prison sous le soupçon d’espionnage au profit de l’Occident. En mai 45, il est présent à Hiroshima lorsqu’y éclate la bombe atomique. Lui qui avait été formé pour devenir médecin, il se porte d’emblée avec tout le noviciat dont il a la charge au secours des brûlés auxquels il donne les premiers soins.
 
Provincial du Japon, il participe à Rome à la 31e congrégation générale qui l’élit supérieur général, le 22 mai 1965. C’est l’époque où s’achève le concile Vatican II. Voici le missionnaire des confins de la chrétienté propulsé en son centre à un moment de pleine effervescence. D’emblée, le nouveau général, qui voit clairement l’enjeu de l’aggiornamento ecclésial, se met, au sein de la congrégation générale et dans l’aula conciliaire, au service de ce renouvellement. Son gouvernement de proximité, qui multiplie les visites des assistances et des provinces, en gère la mise en œuvre sur le terrain, en dépit des difficultés, des réticences et des oppositions. Cette tâche ne sera pas de tout repos mais elle sera déterminante pour la vie de la Compagnie, pour l’avenir de la vie religieuse en général et pour la vie même de l’Eglise. Durant son long mandat, Pedro Arrupe sera élu à cinq reprises consécutives président de l’union des supérieurs majeurs. Son influence sur la vie religieuse féminine a aussi été déterminante.
 
C’est par leur général Arrupe que les jésuites ont été invités à travailler de manière inventive au développement de la foi et au service de l’homme : répondre aux défis lancés par l’incroyance et l’indifférence contemporaines ; promouvoir la justice au cœur du service de la foi ; « inculturer » la foi dans les diverses culture ; se mettre, partout dans le monde, au service des réfugiés. Ce dernier ministère lui tenait particulièrement à cœur.
 
Durant tout son généralat et au-delà, Pedro Arrupe dut affronter beaucoup d’opposition. « Comme tout témoin prophétique, le Père Arrupe fut signe de contradiction, incompris ou mal compris, dans la Compagnie et en dehors », a dit de lui son successeur, le Père Peter-Hans Kolvenbach. Ce volume se veut une contribution importante à l’histoire de l’Eglise et de la Compagnie au XXe siècle. Loin des lieux communs, des jugements sommaires ou caricaturaux ou des lectures superficielles, les auteurs prétendent rendre à Arrupe son vrai visage, rendre justice à ce qu’il fut : un vrai prophète pour notre temps.
 
Cet homme discret est habité d’une force tranquille qui lui vient « d’une présence plus intime à lui-même que lui-même. Invisible à ceux qui l’observent de l’extérieur, lumineuse pour ceux qu’il entraîne, déroutante pour ceux qu’il dérange. Présence de Dieu à l’intime, présence à soi-même sous le regard trinitaire, présence à l’Esprit qui fait toutes choses nouvelles ». (Henri Madelin)
 
Robert Myle sj
 
Gianni LA BELLA e.a., Pedro Arrupe, supérieur général des jésuites (1965-1983). Le gouvernement d’un prophète, Bruxelles, Lessius, 2009, 495 pages.

[*Un vieux japonais, qui avait reçu instruction et baptême d’un P. Arrrupe plus jeune, partageait ses souvenirs : « J’ai demandé à être baptisé, non parce qu’il était un bon catéchiste, non parce queje comprenais ce qu’il disait (en réalité je ne comprenais presque rie), non parce qu’il essayait de me pousser à le faire… mais à cause de la bonté de sa personne. Si le christianisme, me disais-je à moi-même, peut produire une telle qualité dans une personne, alors il sera bon pour moi aussi »*]
(A. Nicolàs, Huit rencontres avec le P. Pedro Arrupe, dans Pedro Arrupe supérieur général des Jésuites (1965-1983) Gianni La Bella (éd.), Lessius, 2009, p. 473)

[**« En m’arrêtant sur la vie du Père Arrupe, je suis conduit à penser que, dans un sens très profond, notre vocation exige de nous tous un véritable esprit ‘missionnaire’. Chaque jésuite est un missionnaire : prenant part à la mission du Christ, il est appelé par la Compagnie à une mission spécifique. Cet esprit peut et doit être vécu quelle que soit la nomination que nous recevons, dans toute partie du monde où nous vivons et servons. »*]
Lettre du P. Nicolàs à la Compagnie en date du 5 février 2011

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